Imaginez un monde où le continent américain n'a pas été colonisé par les Européens, où la technologie s'oppose à la magie. C'est dans cet univers parallèle que va être plongée une jeune femme banale, qui devra faire preuve de courage, de force et de détermination afin de trouver un moyen de rentrer chez elle, dans son monde. Pour cela, elle devra fuir le continent des hommes qui l'ont fait souffrir. Elle atteindra les côtes américaines afin d'y trouver les elfes qui pourront peut-être l'aider à trouver ce qu'elle recherche tant. Sans compter le fait qu'elle se découvrira des pouvoirs magiques et pourra compter sur de nouvelles amitiés.

 

UN MONDE D'ELFES ET D'HOMMES 1 : AIR

 

Retrouvez Danielle, accompagnés par son amie Nerwen et de l'elfe Meneldil en partance vers le territoire de l'ouest afin de rencontrer et de convaincre les elfes du peuple du Feu de joindre leur force au combat qui s'annonce avec les hommes venus pour envahir l'Amérique. Dans ce tome, Danielle rencontrera des elfes bien différents de ceux qui l'ont accueilli. Elle devra s'opposer à leur dirigeant, un elfe au tempérament emporté et qui méprise ceux de son espèce. La guerre approchant, Danielle devra se dépasser pour permettre la survie de millions de personnes. La jeune femme, devenue une semi-elfe, devra développer ses pouvoirs, se battre, survivre, et surmonter une multitude d'épreuves et de sentiments. Ce voyage lui offrira tellement plus encore.

 

UN MONDE D'ELFES ET D'HOMMES 2 : FEU

 

Les elfes du peuple de l'Eau. C'est vers eux que vont devoir se rendre Danielle et ses compagnons afin de prévenir une nouvelle menace sur le point de s’abattre sur le Royaume constitué des Mayas, Aztèques et Incas. Dans ce tome, Danielle apprendra à aimer et à se laisser aimer après avoir fait le choix de s'établir dans ce monde. Elle ira de découvertes en révélations qui bouleverseront sa vie et celle des êtres aimés.

 

UN MONDE D'ELFES ET D'HOMMES 3 : EAU

 

Danielle traverse à nouveau cette brèche entre les mondes et se retrouve dans le nôtre, seule, au cœur de la forêt amazonienne. Elle a fait ce pas qui l'a conduit loin de ses compagnons, à se séparer de l'elfe qu'elle aime en suivant sa destinée. Celle-ci l'a conduira à rencontrer le dernier semi-elfe de notre monde et à comprendre la raison qui fait d'elle une femme aux pouvoirs si puissants. Elle s'est promis de tout tenter pour revenir auprès de ceux qui comptent sur elle, dans ce monde d'elfes et d'hommes dont une guerre fait rage. Un monde où la technologie s'oppose à la magie des elfes, mais pas seulement.

 

UN MONDE D'ELFES ET D'HOMMES 4 : TERRE

 

L'histoire reprend une soixantaine d'années après l'arrivée de Danielle dans ce monde d'hommes et d'elfes. Une nouvelle génération a vu le jour, dont les enfants de notre héroïne, en la personne de Fenära, l'intrépide semi-elfe et de son frère Iston qui a été choisi par le peuple pour être le premier roi de la Nation Elfique. Cette famille et bien d'autres personnages devront faire face à une nouvelle menace bien plus grande que celle que représentent les hommes de l'Union.

 

UN MONDE D'ELFES ET D'HOMMES 5 : ESPRIT

 

Nous avons suivi Danielle dans son incroyable périple qui l’a transportée dans un monde parallèle au monde partagé entre les hommes et les elfes. 

Nous avons vu comment elle a permis d’unir les quatre peuples elfiques pour qu’ils puissent repousser l’invasion des hommes de L’Union qui souhaitaient s’approprier le continent américain. Mais soixante ans après, la menace qu’ils représentent est plus que jamais d’actualité. 

À présent, c’est Iston, fils de Danielle et roi elfique, qui doit mener son peuple à la victoire. 

Que sera le devenir de ce monde d’elfes et d’hommes ?

UN MONDE D'ELFES ET D'HOMMES 6 : CERCLE

CHAPITRE OFFERT

 

 

 

Nous ne formions qu’un seul peuple. Des milliers d’années durant, notre race prospéra. Nous assistâmes à la naissance, mais aussi à l’extinction de nombreuses espèces. Nos dirigeants, nos rois et reines surent gouverner avec sagesse.

Puis, vint la période des troubles.

Notre race se scinda en quatre peuples, chacun étant lié à l’un des éléments de toute vie :

l’Air, le Feu, l’Eau et la Terre.

Un dirigeant fut choisi parmi chaque peuple. Les conflits s’apaisèrent, mais la déchirure demeura.

Cette période marqua la naissance des hommes. Notre peuple guida ces êtres si prometteurs, avides d’apprendre. Des enfants naquirent de l’union entre nos deux races. Ils devinrent des femmes et des hommes puissants en recevant les dons développés par notre espèce, qu’ils nommèrent magie. Mais la race des hommes devint arrogante et avide de pouvoir. Ils commencèrent à se livrer bataille. Nous tentâmes de les tempérer, de les raisonner. Sans succès. Malheureusement, ils nous considéraient comme une menace à leur évolution, à leur appropriation de la terre.

La guerre entre nos races éclata. 

 

Après de sanglantes batailles, nous étions devenus si peu, pour combattre, pour résister que le seul choix qu’il nous resta fut la fuite. Nous abandonnâmes nos cités, nos montagnes, nos océans et nos forêts. Nous fîmes le choix de nous exiler afin de survivre.

Les elfes firent le choix de quitter notre monde pour un autre.

 

 

1 – Préservez-la

 

 

 

— Non, M’man. J’arrive dans pas longtemps, t’inquiète. Je te laisse, je conduis, là, dis-je en raccrochant.

Je replaçai mon téléphone dans mon sac sur le siège passager puis j’augmentai à nouveau le volume de mon poste radio en chantant à tue-tête. Je possédais un portable comme tout le monde même si je l’avoue, je trouvais cela très pénible, la pression exercée par la société d’être à tout moment joignable, me privant par la même occasion de ma tranquillité.

Je me trouvais sur l’une des nombreuses petites routes peu fréquentées, servant de raccourci entre Aix-en-Provence et Marignane, par un samedi après-midi de ce mois de septembre. Je venais de passer quelques heures auprès de mes amies. Cela m’avait procuré beaucoup de bien, de sortir et de voir du monde. Il est vrai que je passais tout mon temps au travail dans l’espoir d’obtenir enfin la promotion que mon responsable m’avait promise. Mais ce n’était pas le moment de relâcher tous mes efforts après les sacrifices auxquels j’avais consenti, y compris au renoncement de ma vie privée depuis plus d’un an.

Enfin, c’est ce que je pensais encore deux jours plus tôt. Je me revis à la pause déjeuner, entourée de mes collègues de travail. Nous étions un groupe de quatre filles dont chacune travaillait pour un service différent de notre entreprise. Ce qui était génial, c’est que nous pouvions avoir de vraies discussions. Il est vrai que je n’étais pas très intéressée par les simples commérages. Notre groupe représentait les quatre principales religions et nous venions toutes d’un environnement différent qui nous procurait des conversations dynamiques et enrichissantes. J’appréciais d’analyser sous un autre angle une situation donnée.

Alors quand Crystel s’approcha de moi et qu’elle m’annonça que le poste que je convoitais et qui m’avait été promis par mon responsable avait été confié à une autre personne de mon service, je fus extrêmement surprise et terriblement déçue. Bien évidemment, après le repas, je demandai à avoir un entretien avec mon chef qui m’annonça qu’effectivement le poste n’était plus accessible. Il m’expliqua les raisons de son choix durant plusieurs minutes. Mais cela n’avait plus d’importance. J’avais fait don de mon temps et de mon acharnement, sans résultat. Je chassai mes problèmes de la tête et me concentrai à nouveau sur la route que je connaissais comme ma poche, et j’avoue que d’observer le paysage familier de la région entre garrigue, roche et pins avait tendance à me faire somnoler.

Soudain, je fus sortie de mes pensées par une forme indistincte qui arrivait devant moi, une sorte de mirage vaporeux semblant onduler sur la route. Une exclamation de surprise m’échappa quand je constatai que la forme devenait tangible.

— Qu’est que…

Je n’eus le temps de ne rien faire si ce n’est de me cramponner au volant des deux mains en me préparant au choc. Le temps suspendit son cours, je ne sentais plus rien, je ne respirais même plus, mon monde s’arrêta lorsque je traversai cette forme et plongeai dans une clarté laiteuse.

La seconde suivante, je n’entrevis qu’un mur devant moi. Paniquée, je tournai le volant d’un coup sec vers la gauche pour éviter de le percuter, et la voiture bascula. Je ressentis une vive douleur dans ma poitrine et notai l’éclatement du pare-brise qui projetait des bris de verre lumineux dans mon champ de vision. Des bruits assourdissants emplirent ma tête et j’eus l’impression de flotter avant de retomber brutalement, et cela à plusieurs reprises ; la gravité reprenait ses droits après chaque envolée. Je n’eus le temps de ne penser à rien, de ne ressentir aucune émotion si ce n’est de la peur. Le monde entier se renversa et l’inconscience m’emporta.

 

 

***

 

 

J’ouvris les yeux, sonnée, mais en vie. Je tentai de me redresser, mais la ceinture de sécurité me maintenait sur le siège. Ce devait être elle qui m’avait sauvé la vie. Je me souvenais de la voiture qui avait roulé sur elle-même. J’aperçus du côté passager le mur à un mètre de là.

« Ça aurait pu être pire »fut ma première pensée, juste avant que je ne sente une monstrueuse migraine commencer à poindre sous mon crâne.

Des éclats de verre étaient éparpillés dans tout l’habitacle. Je touchai mes jambes et mes bras pour vérifier que tout allait bien. Certes, je me sentais nauséeuse et déboussolée, mais quoi de plus normal quand on vient de réaliser le grand huit avec sa propre voiture ? Sanglée, je forçai sur le mécanisme de ma ceinture pour me détacher, ce qui provoqua une vive douleur au niveau du thorax. Mais je réussis malgré tout à me libérer. J’aperçus à plusieurs mètres de là une silhouette à l’angle du bâtiment que j’avais failli percuter.

— À l’aide, venez m’aider s’il vous plaît ! criai-je à cette personne.

Je tentai à plusieurs reprises d’ouvrir la portière, quand celle-ci finit par céder. Sans y penser et par réflexe, j’attrapai mon sac sur le sol du côté passager et sortis. Je savais qu’en cas d’accident, il fallait éviter de bouger, mais je n’avais d’autre idée en tête que de m’extirper du véhicule. De plus, en me redressant avec une grimace de douleur, je constatai que je ne reconnaissais pas l’endroit. Une seconde plus tôt, je roulais sur une route de campagne avec pour horizon un paysage connu, et à présent, je me trouvais entourée de quelques bâtiments gris sans voiture, sans présence humaine si ce n’était cette personne devant moi.

Prise par l’urgence de la situation et déboussolée, je m’approchai de cette silhouette, une femme ou un enfant vu sa petite taille et sa finesse, qui me tourna subitement le dos et prit la fuite.

— Eh ! Attendez, mais attendez. C’est fou ça !

Tremblante et sous le choc, je claudiquai derrière elle avec difficulté. Sans réfléchir, la cervelle en compote, je contournai le bâtiment et filai tout droit sur un chemin de terre boueux. Après plusieurs minutes de marche, à bout de souffle, je dus m’arrêter, stoppée par un point de côté, mais surtout face à la stupidité de mon geste.

« Tu es dingue, ma fille ! Comme si tu n’avais pas mieux à faire après un accident de la route que de te traîner après des inconnus », me sermonnai-je.

Comme quoi on ne sait jamais comment on peut réagir dans ce genre de situation. Je la voyais courir à plusieurs mètres de là en sachant que jamais je ne pourrais la rattraper. Je fis demi-tour afin de rejoindre mon véhicule avec lenteur, l’adrénaline désertant mon corps et ralentissant mes mouvements, tout en sortant mon téléphone portable afin d’appeler les secours.

— Zut ! Pas de chance, lâchai-je en consultant mon portable qui n’indiquait aucun réseau.

J’avais de plus en plus de difficultés à respirer, ne sachant si cela venait de ma santé plus précaire que je ne le pensais, ou bien de l’air ambiant nauséabond et lourd. Je contournai le bâtiment et dus prendre appui sur le mur afin de combattre le vertige qui me menaçait. J’aperçus mon véhicule à quelques mètres de là, empêtré dans un bourbier, entouré d’hommes tous vêtus de gris sombre ou de noir. Je m’arrêtai, surprise que certains d’entre eux fussent armés.

Je tentai de partir discrètement par la crainte de ce que ce genre d’hommes pourrait me faire. Malheureusement, un des leurs m’aperçut et donna l’alerte aux autres. Sans perdre un instant et sentant la dangerosité de la situation, je tournai les talons et me mis à courir comme une damnée.

— Pourquoi j’ai mis ces pompes ? grommelai-je en glissant sur le sol boueux avec mes chaussures à petits talons.

Je réussis à m’éloigner de quelques mètres avant d’être rattrapée par ces hommes, le souffle coupé.

— Okay, okay. Je me rends !

Je levai les mains en signe de reddition face à ceux qui avaient pris position autour de moi. L’inquiétude m’étreignit au vu de leur air menaçant et je sursautais à chaque mouvement de leur part. Aucun d’eux ne parla. Ils se contentaient de me menacer de leurs armes, une sorte de fusil comme je n’en avais jamais vu. Ils portaient également une espèce de masque à gaz sur leur bouche dont j’aurais bien eu besoin dans cet air vicié qui m’empêchait de respirer normalement.  

— Écoutez, je n’ai rien fait. J’ai eu un accident avec ma voiture et c’est tout, bredouillai-je, paniquée. Je suis désolée, mais qui êtes-vous ? Do you speak English ? repris-je comme aucun d’eux n’avait pris la peine de me répondre.

J’étais là, les mains en l’air, le souffle court et le corps perclus de douleurs qui se rappelaient à moi après l’accident que je venais de vivre. Soudain, un grondement dans le lointain me fit lever la tête. Je repérai la silhouette de l’appareil volant qui s’approchait de notre position. Durant une seconde, je fus surprise par ce curieux engin. Un hybride entre un avion par la forme et un hélicoptère par les hélices permettant un vol stationnaire. Je compris pourquoi les hommes portaient cette espèce de masque leur recouvrant le bas du visage quand l’engin volant descendit lentement vers notre position en soulevant l’épaisse couche de cendres ou de matière inconnue recouvrant le sol. Je dus m’accroupir sous la violence du vent, mais également afin de protéger mon visage.

Je toussai et crachai en même temps, déclenchant de terribles douleurs au niveau du thorax. L’accident avait laissé des traces. Recroquevillée sur le sol, incapable de respirer, de comprendre ce qui m’arrivait. Subissant une situation pour le moins étrange en me disant que peut-être je devais être en train de rêver cette scène. Malgré tout, je ne pouvais cesser de penser que cela semblait très réaliste, étant donné que je pouvais sentir, toucher tout ce qui m’entourait. Sans compter que jamais, dans aucun de mes rêves, je n’aurais souhaité m’infliger des douleurs aussi grandes que celles qui secouaient mon corps à cet instant.

Étendue sur la terre battue, je discernai des silhouettes qui quittaient l’habitacle de l’engin et s’approchaient de nous d’un pas déterminé. Elles portaient comme les autres de longues bottes cirées et un uniforme gris foncé. Un homme m’obligea à me retourner sur le dos et apposa rudement un masque sur mon visage. Je repris confiance, en respirant à nouveau à peu près normalement. Les simples plaisirs d’offrir à son corps ce qui lui était vital, comme de l’eau ou de l’air, représentaient une joie suprême quand on venait à en manquer. Un homme se trouvait au-dessus de moi, la silhouette fine, le regard dur, et le crâne rasé. Il s’empara violemment de mon sac.

— Rapatriez l’engin de locomotion dans lequel elle est venue, lança-t-il en français à la ronde.

« Français, il vient de parler en français. Tout n’est pas perdu. »

Il fit un bref signe de la main derrière lui et un homme s’approcha de moi, se saisit de mes deux mains et me souleva en me posant rudement sur l’une de ses épaules comme un vulgaire sac. La douleur fut terrible, m’aveuglant pratiquement. J’avais l’impression que l’on me poignardait à chacun de ses pas. Sans me donner le temps de reprendre mon souffle, on me jeta sur une banquette avant de me sangler avec rudesse à celle-ci. Un grondement emplit l’espace confiné et je sentis l’appareil dans lequel j’étais s’élever. J’avais l’impression de n’être qu’une marionnette entre leurs mains. Paniquée et souhaitant savoir où ils m’emmenaient, je retirai le masque.

— Mais enfin, qui êtes-vous ? Faites-vous partie de l’armée ? lançai-je mi-excédée mi-angoissée par tout ce qui m’arrivait.

— Silence ! réclama l’homme à ma droite d’une voix dure.

— Comment ça silence ? Dois-je vous rappeler que j’ai des droits, et que l’on…

Je ne pus finir ma phrase, recevant une gifle magistrale du même homme qui me réitéra son ordre : Silence ! Je portai une main à mon visage pour tenter de faire passer la brûlure qui irradiait ma joue. Malgré la colère qui grondait en moi, je me forçais au silence, sous la menace. Je remis mon masque tant j’avais des difficultés à respirer. Mon regard, guidé par mon appréhension, se portait vers la vitre pour y voir un paysage qui me semblait totalement inconnu. Je m’attendais à survoler les rares immeubles des villes noyées dans un océan de maisons aux tons roses. À plusieurs reprises, lors de mes passages en avion, j’avais contemplé ce paysage propre à ma région : la Provence. Avec ces collines à la végétation aride et les tons pastel des habitations, sans compter le découpage de la côte méditerranéenne aux multiples calanques et petits ports. Or, ici, le panorama se résumait à un désert bétonné sous un ciel chargé de pollution. La végétation apparaissait inexistante, donnant au lieu un air apocalyptique et sans vie, si ce n’était quelques rares bâtiments et des cheminées d’usine obscurcissant d’autant plus le ciel de nuages noirs. J’observais sans comprendre de grandes turbines posées sur le sol qui me rappelaient des conduits d’aération. Cette vision, le fait que je ne reconnaissais absolument rien de ce que je contemplais, me plongea dans un abîme de peur sans fond.

« Okay. Là, je suis en plein rêve », pensai-je en me demandant comment mettre fin à cet épisode cauchemardesque.

Je regardais mes bourreaux avec appréhension. Ils fixaient leur regard vers l’extérieur de l’habitacle. Ils semblaient tous sur le qui-vive prêts à agir. Sans le vouloir, j’enregistrais un maximum d’informations alors que la seule chose que je désirais était que tout revienne à la normale. Mes gardiens avaient tous le crâne rasé. Je me doutais qu’ils faisaient partie d’une sorte d’armée même si je n’en connaissais aucune qui pût correspondre à ce que j’observais.

Après quelques minutes de vol, nous finîmes par arriver à destination, quand l’avion-hélicoptère entama sa descente vers une dalle circulaire bétonnée au milieu de nulle part. L’avion atterrit sans souplesse. La délicatesse ne faisait vraiment pas partie de leur vocabulaire ; cela continua quand ils me détachèrent et me tirèrent vers l’extérieur avec brutalité. Six hommes m’entourèrent, empêchant ainsi toute tentative d’évasion de ma part. La situation semblait pour le moins aberrante et disproportionnée pour une simple femme comme moi. Nous nous dirigeâmes vers le seul bâtiment à la ronde, d’une surface pas plus grande qu’une maison de ville sur un étage avec pour toit une plate-forme où des sentinelles armées montaient la garde. Cela renforça mon idée que je me trouvais sur un territoire militaire. Tout ici me semblait d’un gris morne et lugubre. À croire qu’ils avaient une dent contre la couleur.

Je pénétrai dans le bâtiment contenant une série d’ascenseurs. On me poussa dans l’un d’entre eux et je fus entourée par les gardes dans cet espace confiné. Aucun panneau de contrôle n’apparaissait sur les parois pour commander la montée ou la descente de l’engin. Quoi qu’il me fût difficile d’imaginer utiliser un ascenseur pour monter seulement d’un étage. Je m’étonnais d’être encore capable de raisonner tant la peur que je ressentais à cet instant était profonde.

— Isolement, 261 158, dit l’un des hommes.

Cela donna le signal à l’appareil, qui entama sa longue descente. Je me demandai si nous y arriverions un jour, quand nous fûmes secoués par l’arrêt brutal de l’ascenseur. Les portes s’ouvrirent sur l’obscurité, ce qui était angoissant. Celui qui s’était exprimé effectua un pas à l’extérieur, et une ampoule, puis toute une série éclairèrent à intervalles réguliers un long couloir froid ressemblant à s’y méprendre au décor d’un film d’horreur.

On me poussa et je ne pus que suivre le groupe, dans une insécurité plus que pesante. Je ressentais le besoin de me serrer à l’un de ces hommes pour me rassurer ou de prendre mes jambes à mon cou et fuir. Nous devions nous trouver dans un complexe, sous terre, remontant sûrement à la Deuxième Guerre mondiale au vu des apparences. Il était difficile de concevoir que tout puisse fonctionner si je me fiais à l’état de vétusté du matériel ainsi que des bâtiments. Les murs étaient nus avec les pierres et les poutres métalliques apparentes. L’humidité régnait en maîtresse dans ce lieu. Des dizaines de portes de fer se trouvaient des deux côtés de ce couloir interminable.

Mes gardes s’arrêtèrent devant l’une d’entre elles, l’ouvrirent et me poussèrent, sans ménagement, à l’intérieur chichement éclairé par une seule ampoule. La pièce était tout aussi humide et vide de mobilier que tout le reste. La porte claqua dans un bruit sec et fatidique, me donnant des frissons comme si mon destin venait d’être scellé. Je me retournai et tambourinai avec force sur l’unique porte qui venait de se refermer.

— Eh ! Vous ne pouvez pas me retenir prisonnière, j’ai des droits, criai-je. Je veux parler à un avocat. Laissez-moi au moins passer un coup de fil pour prévenir mes proches, continuai-je en me conduisant comme les personnages de films maintes fois vus dans cette situation.

D’ailleurs, je n’étais pas certaine de mes droits en cas d’arrestation, étant donné que c’était la première fois que cela m’arrivait. À bout de force, je me retournai et portai un regard circulaire autour de moi et me fis la réflexion que je devais être dans une cellule, au vu de l’étroitesse de la pièce, sans mobilier, sans même un lit ou des toilettes.

Je me retrouvais, pour la première fois depuis l’accident, seule. C’était fou de penser que celui-ci avait eu lieu une heure plus tôt environ. Pourtant, il me semblait que cela s’était passé il y avait plusieurs jours déjà. Comme quoi le temps semblait relatif selon des circonstances aussi intenses que celles-ci. J’espérais de tout cœur que cela n’allait pas durer des heures en pensant à des banalités, telles que : s’il y avait des rats dans la pièce ou des toilettes. Je me mis à tâter les murs dans l’espoir de je ne sais quoi d’ailleurs.

Après plusieurs tentatives pour appeler l’un des gardes, je finis par m’asseoir sur le sol, fatiguée, mais aussi percluse de douleurs. J’aurais voulu replier les jambes sur ma poitrine et refermer les bras sur mes genoux pour lutter contre l’angoisse qui m’étreignait. Au lieu de ça, je dus me contraindre à étendre les jambes devant moi pour ne pas aggraver les douleurs dans ma poitrine. Mes yeux se remplirent de larmes. Malgré l’envie irrésistible de m’assoupir, je m’obligeai à rester éveillée dans l’éventualité d’une commotion cérébrale, vu que ma migraine n’avait pas cessé. Je fermai les yeux en m’imaginant être ailleurs, loin de ce maudit endroit.

 

 

***

 

 

Les heures défilèrent sans que je parvienne à desserrer l’étreinte d’angoisse qui emprisonnait mon cœur. Quand enfin j’entendis des pas qui approchaient. Je me redressai difficilement en essuyant mon visage des larmes versées et me mis debout, prête à me battre s’il le fallait. J’avais conscience que quoi que je fasse, ce serait bien dérisoire face à mes adversaires plus forts et surtout armés. Néanmoins, je ressentis un espoir fou en pensant qu’ils s’étaient trompés et que tout cela ne pouvait être qu’une regrettable erreur. La porte s’ouvrit dans un grincement sinistre, puis deux hommes pénétrèrent et me saisirent chacun par un bras. Je compris que ma situation n’irait pas en s’améliorant face à leur attitude fermée et brusque.

— Dites, vous n’avez aucun droit de faire ça. Dès que je sortirai de ce trou, croyez-moi, j’en parlerai aux médias, à la télévision, à…

Je reçus cette fois-ci un coup de poing dans le ventre qui me plia en deux. Ils me traînèrent dans le couloir pratiquement sur le sol pendant que je tentais désespérément de retrouver un semblant de souffle, incapable de réfléchir. Nous pénétrâmes dans une immense pièce beaucoup plus éclairée que tout ce que j’avais vu jusqu’à présent. Les prises sur mes bras se relâchèrent et je percutai le sol bétonné. Au vu de la situation, je me forçai à me lever. Plusieurs hommes et femmes se trouvaient dans la pièce derrière une baie vitrée. Je redressai le buste et leur rendis un regard tout aussi curieux que celui qu’ils posèrent sur moi. Je réalisai avec angoisse que la pièce contenait beaucoup d’instruments médicaux. Mes gardiens prirent position devant l’unique porte de la pièce. Un homme s’approcha de moi. Il semblait plus âgé que les autres. Deux femmes et un homme lui emboîtèrent le pas. Tous avaient le crâne rasé.

— Ôtez vos atours, ordonna l’aîné avec un fort accent que je ne pus déterminer.

— Qu... Quoi ! ?

Le vieil homme exécuta un bref signe vers ses assistants qui le doublèrent et s’approchèrent de moi. Après plusieurs minutes de gesticulations et de cris, je me retrouvai toute nue devant une assemblée posant un regard morne sur mon anatomie. Je ne correspondais vraiment pas au style top model, bien que mesurant tout de même un bon mètre soixante-dix-huit en chaussettes. En outre, on ne pouvait qualifier mon apparence de brindille. Je n’étais pas grosse, mais je trimbalais une bonne dizaine de kilos en trop. Il était certain que je n’appartenais pas au type filiforme tellement recherché de nos jours. Non. J’étais plutôt du genre : longues jambes, hanches rondes, poitrine voluptueuse. Bref, je me plaçais dans la catégorie des complexées.

Je cachais comme je le pouvais mes parties intimes de mes mains, sans grand résultat. L’homme âgé me tourna autour, semblant évaluer mon anatomie. Je me mordis les lèvres afin de m’empêcher de hurler. Depuis ma rencontre avec ces gens étranges, dès que j’ouvrais la bouche je recevais des coups. Je ne pus que le laisser faire, en jetant un regard noir sur l’assemblée à défaut de ne pouvoir m’exprimer librement. L’homme s’éloigna et se dirigea vers un chariot brancard. Ses assistants se saisirent de mes poignets et me forcèrent à avancer vers celui-ci.

Comprenant qu’ils allaient sûrement me torturer, je me débattis avec l’énergie du désespoir, ignorant à présent ma nudité. Mon cœur battait fort. Pour la première fois de ma vie, je ressentais le basculement incontrôlable des événements. Je fus jetée sur le brancard et sanglée à celui-ci. L’homme palpa de ses mains froides mon corps, partant de mes pieds et remontant vers ma tête. Je ne pus m’empêcher de crier quand il toucha mes côtes endolories. Il exécuta un bref signe de tête, comme s’il avait compris que j’étais blessée. Mais il ne stoppa pas son examen pour autant. Il réalisa sur moi une prise de sang, chose que je détestais royalement bien que cette procédure me parut plutôt dérisoire face à tout le reste.

J’avais l’impression qu’il réalisait un examen. Je me sentais comme un cobaye, car il semblait certain qu’il ne me soulagerait pas comme tout bon médecin qui se respecte. Il fallait croire que le serment d’Hippocrate n’avait aucune valeur à ses yeux. Il finit par rejoindre les femmes et les hommes derrière la baie vitrée et ils discutèrent sans que je puisse entendre leur conversation. Ils me jetaient, de temps à autre, des regards appuyés.

Soudain, il y eut de l’agitation quand un groupe de personnes, vêtues d’uniformes d’un gris plus clair, pénétra dans la pièce. Ils devaient être importants, car je remarquai que toutes les personnes présentes démontraient de la déférence, voire de la crainte envers les nouveaux arrivants, ce qui m’inquiéta d’autant plus.

— Médecin, appela l’un d’entre eux.

Celui-ci délaissa les autres et s’approcha rapidement des nouveaux venus.

— Commandant, répondit l’interpellé.

— Quelles sont vos conclusions ? demanda-t-il au docteur sans pour autant me lâcher du regard.

— Mes premières observations indiquent qu’elle ne fait pas partie de l’Alliance.

Celui que l’on nommait « Commandant » se tourna vers ses compères. Tout, dans leur attitude, démontrait une supériorité, une arrogance par rapport aux autres.

— Transmettez vos résultats à notre médecin-chef et disposez, ordonna-t-il.

— Cela sera fait selon votre bon vouloir, acquiesça le médecin.

Les hommes qui se trouvaient derrière la baie vitrée quittèrent la pièce et les nouveaux venus les remplacèrent. Quant à moi, je ne pouvais qu’observer la scène d’un œil médusé face à tout ce qui se jouait devant moi, sans compter la honte que je ressentais de me retrouver nue devant tant de regards. Je n’étais qu’une simple spectatrice face à ce qui m’arrivait et je détestais cette impuissance.

Un autre homme s’approcha de moi et réalisa des examens plus poussés sur ma personne. Je tentais de me renfermer en moi, détachant mon esprit de mon corps afin de ne pas perdre la tête. Je ne pus pour autant empêcher les larmes de couler, silencieusement, injustement. Un mélange de rage et de peur bouillonnait dans mon esprit. J’avais froid, nue sur cette table métallique. Mon corps tremblait en réaction autant à son état lamentable qu’à une nervosité extrême.

Une angoisse grandissait en moi. Et si tout cela s’expliquait par le fait que j’avais atterri dans un lieu où étaient réalisées des expérimentations et que j’avais été affectée par un gaz ou une maladie par accident ? Cela expliquerait que j’avais été mise en quarantaine et étudiée. Ou tout bonnement, j’étais folle. Un milliard de questions passèrent dans ma tête sans pour autant avoir un semblant de réponse.

— Est-ce que l’un d’entre vous daignerait me recouvrir d’un vêtement ou à défaut d’un drap ? Je meurs de froid, demandai-je sans élever la voix mais incapable de me taire.

Et puis, j’étais fatiguée nerveusement. Demander les choses autrement qu’avec agressivité me sembla toutefois judicieux. Ils se tournèrent vers moi, surpris, mais dédaigneux. Je reposai la tête sur la table complètement anéantie. L’entrée d’une femme tenant à bout de bras une boîte eut pour conséquence de faire sortir les personnes de derrière leur baie vitrée. Le médecin la rejoignit et se saisit de la boîte.

— Commandant ? demanda le médecin.

— Oui. Vous avez mon accord. Espérons qu’elle survive, se contenta-t-il de dire.

Le médecin ouvrit la boîte et sortit un petit flacon d’un liquide rouge sombre. C’est le temps qu’il me fallut pour réaliser les dires de l’homme. Je me débattis sur le brancard métallique, mon corps réagissant plus rapidement que ma conscience.

— Quoi ? De vivre ? Attendez une minute ! Vous n’avez pas le droit, je vous interdis. Je ne… hurlai-je, avant qu’une main se pose sur ma bouche.

Le guérisseur sortit une seringue et la remplit de ce liquide rouge sombre. Puis, il s’approcha de moi. Je sentis l’aiguille pénétrer dans la chair tendre de mon bras gauche. Une brûlure m’arracha un cri. De toute ma vie, je ne me souviens pas avoir ressenti une douleur d’une telle intensité.

Le liquide se diffusait, se répandait dans tout mon corps telle une coulée de lave. Une douleur à hurler, une douleur insupportable. Je ne pouvais que me tordre sur moi-même, espérant éteindre ce feu qui m’embrasait. Je fermai les yeux, tout entière à l’écoute de mon corps hurlant de douleur, de cette souffrance pénétrante, s’infiltrant contre mon gré jusqu’au plus profond de mon esprit. La brûlure continua son voyage. Je la sentis se répandre dans mon cou, sur mon visage pour arriver enfin dans ma tête. La douleur augmenta en puissance. L’impression que mon crâne allait imploser. Je ressentis le besoin désespéré de saisir ma tête des deux mains sans pouvoir y parvenir, entravée comme je l’étais. Je ne pouvais plus penser, raisonner. Seule la douleur emplissait mon être. Cela fut trop puissant pour moi. Je basculai et me réfugiai dans l’inconscience pour libérer mon esprit de ce que pouvait ressentir mon corps.

Ma conscience vagabonda dans une rêverie pour le moins réaliste et étonnante. Des images me venaient par flashs et défilaient dans mon esprit, toutes si colorées, si vives. Apparurent des centaines de lieux inconnus, beaux et féeriques. Des visages, des ombres passaient trop vite devant mes yeux pour me permettre de détailler leurs traits, de les reconnaître. Des scènes de combats, d’amour éclatèrent comme des bulles d’instants de vie. Trop vite.

Des sentiments, des émotions jaillirent en réponse à chacune de ces images, à chacun de ces visages allant de la peur extrême au plaisir suprême. Je ne pouvais pas comprendre tout ce que j’observais. Je ne pouvais pas faire le tri entre ces visions imaginaires et la réalité comme si j’avais participé, par instants, à une vie qui n’était pas mienne. Je n’avais jamais ressenti des émotions aussi intenses, aussi violentes.

Soudain, un sentiment plus fort balaya tout le reste. La douleur était partout…*partout. En réponse, un hurlement strident vrilla mes tympans et résonna dans mon crâne. Une douleur sourde avait tapissé ma gorge avant que je ne réalise que j’étais en train de crier. Mais la douleur reprit le dessus, plus forte que mon étonnement. Je me débattis pour sortir de cette camisole de souffrance.

Quand une voix murmura au milieu de ce tumulte d’images et d’émotions. Un langage que je ne reconnus pas. Une voix douce, une voix feutrée, tel un murmure. Alors je compris le sens de ces paroles. Une seule petite phrase répétée à l’infini. Quatre petits mots, qui provoquèrent en moi un tumulte d’émotions : l’incompréhension, la peur, mais aussi le réconfort que cette présence m’apportait.

Une seule petite phrase : JE SUIS EN TOI.

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