Et si je vous disais que les anges ne sont pas tels que nous nous les imaginons. Que de ces créatures célestes, l'image qui a été transmise à travers les siècles ne dévoile qu'une infime partie de leur nature, de leur rôle dans l'univers. Que feriez-vous s'il vous était permis de les rencontrer, de découvrir qui ils sont ? Vous réjouiriez-vous ou auriez-vous peur face à leur puissance et à la raison de leur venue sur Terre ?

À travers le regard de Lena, nous serons les témoins de l'arrivée des anges sur terre, du bouleversement que cela entrainera. Une question demeure : pourquoi sont-ils tombés ?

 

LA CHUTE DES ANGES 1 : TOMBER

 

Les anges sont tombés. Nous avons vu tous cela à travers le regard de Lena, une jeune cubaine vivant à Miami, la cité du soleil. Or, rien ne se passe comme l'ont laissé présager les légendes sur ces êtres célestes. Point de messagers mais des guerriers qui ont décidé sans autre forme d’explication de rentrer en guerre contre l’humanité. Ils ont fauché, tué sans distinction aucune tous humains qu’ils ont croisaient. Pour quelle raison ? Lena comme des millions d’autres se pose cette question. Elle ne doit sa survie qu'à

l’acharnement que porte l’un de ces anges à la secourir. Ensemble, ils fuient, se dissimulent, combattent. Mais cela n’est pas suffisant pour la sauver. Pourtant, contre toute attente, Lena ouvre les yeux sur une nouvelle vie. Une vie emplie de dangers, d’épreuves à surmonter mais également de bouleversements qui la rendront plus forte, et pourquoi pas maîtresse de son destin. 

 

LA CHUTE DES ANGES 2 : SE RELEVER

 

Lena, la mortelle devenue ange et Caliel, l'ange répudié, condamné sur Terre en tant que déchu. 
Ensemble, ils ont vécu les événements qui les ont conduits à ce qu'ils sont à présent. Ensemble, ils ont survécu à l'attaque céleste et à son résultat : l'effondrement de ce qui faisait le monde des hommes.
Une embuscade, un combat, une explosion. Lena est emportée au loin. Ils sont séparés.
Pourront-ils survivre l'un sans l'autre ?
L'ange et le déchu finiront-ils par se retrouver ?

 

LA CHUTE DES ANGES 3 : S'ÉLEVER

CHAPITRE OFFERT

 

 

Prologue

 

 

 

C’est donc ça, être confronté à la mort ? L’impression que la vie qui nous a été donnée se condense en de brefs battements de cœur saccadés, qu’elle se résume à un tumulte de sensations qui éclatent brusquement en nous. Défilent dans ma tête en accéléré, et dans un désordre total, ce qui a fait mes joies et mes peines, ces moments de bonheur, de fierté, de plaisir s’interposant entre ceux liés aux doutes, aux peurs et autres faiblesses qui m’apparaissent bien plus importants et nombreux que j’aimerais l’admettre. Je réalise également que je n’ai pas expérimenté toute la palette des sentiments qu’une personne est censée éprouver au moins une fois au cours de son existence, qu’ils soient bons ou mauvais. Car comment juger de la valeur d’une vie alors qu’elle n’a pas été vécue pleinement ? Comment ne pas ressentir de regrets au moment de mourir alors que je prends conscience que je n’ai pas eu une vie bien remplie et satisfaisante ?

J’imagine déjà le bref rapport d’information sur une chaîne de télévision locale concernant la découverte d’un nouveau cadavre quelque part dans cette ville pécheresse et corrompue. Je me doute qu’ils n’y consacreront pas plus d’une minute, en évoquant la liste des sévices que j’aurais subis avant de mourir ou bien feront-ils l’effort de décrire ce qu’a été ma vie ? Avec une certaine amertume, il ne m’est pas si difficile de penser que ma mort sera bien plus intéressante que ce qu’a été ma vie, qui doit paraître à autrui d’une banalité affligeante.

Peu de personnes feront cas de ce qu’il me sera arrivé. Il faut dire que les gens en ont plus qu’assez de ce déchaînement de violence, de cruauté qui n’a fait qu’augmenter ces dernières années. D’autant plus que cela touche une bonne partie de ce monde que les hommes s’échinent à salir, à détruire et à faire souffrir par notre seule présence sur Terre. Celui qui me surplombe est le parfait archétype du criminel sur le point de frapper sa victime qui se trouve être moi en ce jour maudit. Une parmi tant d’autres, voila ce que je m’apprête à devenir. Ce moment me donne la cruelle impression que ce monde est devenu un enfer entre les bourreaux et les pauvres damnés dont le seul crime est de n’être que des spectateurs passifs. D’ailleurs, c’est sûrement pour cela que personne n’intervient, que les gens ne se rebellent pas du fait que ces monstres, et tout ce qu’ils représentent, puissent agir impunément.

C’est à toutes ces choses, constat de mes vingt-quatre ans d’existence sur cette terre, auxquelles je pense alors que l’homme s’avance vers moi. Mon corps réagit par lui-même en reculant. Je me traîne sur le sol, les mains en arrière et les paumes meurtries par la caillasse de ce chemin entaillant par endroits la peau tendre. Pourtant, je ne ressens aucune douleur si ce n’est la brûlure intense qui vient d’éclater sur toute la partie gauche de mon visage. Je réalise avec un moment de retard que l’homme vient de me frapper. Mon regard se fixe sur le bas du jean que mon agresseur porte avant de remonter le long de son corps de ce qui me parait durer une éternité avant de fixer mon attention sur son visage. Alors m’apparaissent seulement les yeux de cet homme et ce qu’ils dégagent. L’éclat mauvais mélangé à de la concupiscence déclenche un frisson de peur et d’écœurement le long de ma colonne vertébrale. Dans un bref éclair de lucidité, je sais instinctivement qu’il s’apprête à mettre fin à ma vie, mais pas avant de m’avoir soumise à mille tourments.  

1 – Une nuit bien agitée

 

Miami

 

Mes pas frappent le bitume au rythme de longues foulées que j’applique à ma course. La respiration profonde, je cours dès que mon emploi du temps me le permet. Juin débute et la température grimpe rapidement au cœur de cette cité baignée par un soleil plus que généreux. J’ai choisi de suivre l’un de mes parcours préférés loin du centre-ville de Miami que je peux pourtant contempler à loisir sur ma droite. Ce chemin se trouve sur le « Rickenbacker causeway », un de ces longs ponts qui permet de relier la terre ferme à l’une des petites îles perdues dans la mer turquoise portant le doux nom de Virginal Key. En cette heure matinale, je n’ai nul besoin de m’isoler du reste du monde en déversant dans mes oreilles de la musique de mon mp3. Rares sont les voitures à emprunter la passerelle sur la gauche, et le parking vers lequel j’arrive en retournant vers la ville est tout aussi peu fréquenté. L’espace est bordé d’arbres qui m’offrent un peu de fraîcheur plus que bienvenue. Quelques voitures sont garées là et je n’ai pour ainsi dire pas le temps de réagir alors que je remarque une ombre qui s’étale sur le bitume devant moi. Cela ne peut être que celle d’une personne dissimulée derrière l’un de ces véhicules. Un homme apparaît brusquement, s’avance et me pousse avec force en me faisant tomber au sol. Ma rencontre avec le bitume est brutale. Choquée, je pose mes mains à plat sur celui-ci et me redresse légèrement. Je secoue également la tête afin de m’éclaircir les idées. C’est à ce moment-là que je me retourne et observe mon assaillant en réalisant que je suis seule, à la merci d’un homme qui me veut du mal. Une gifle retentissante me déstabilise à nouveau et projette ma tête en arrière. Le souffle coupé, l’esprit confus, je ne pense même pas à crier ou si je le fais, je n’en ai nulle conscience.

Je perds l’équilibre alors qu’une prise sur mon bras qui me met au supplice m’oblige à me traîner sur le bitume. À demi avachie, je réalise qu’il me conduit vers les fourrés entre le parking et le bord de mer. Une fois que nous sommes parvenus sur la piste pour les promeneurs qui longe le rivage, il me relâche. Ma frêle silhouette qui ne résiste pas s’écroule au sol. Je réagis enfin et tente de m’enfuir, mais un poids lourd me plaque au sol avant qu’une main ne m’oblige à me retourner sur le dos.

Je me sens soulevée vers l’avant alors qu’il m’a attrapée par le col du t-shirt de sa main gauche pour me ramener à lui. Puis la douleur éclate alors que son poing droit m’atteint au visage. Ma tête puis le reste de mon corps sont propulsés en arrière, manquant un court instant de me faire perdre conscience. Je me prends à envier cela pour ne pas voir, ne rien ressentir de ce qui va m’arriver.

Je suis désorientée. La brûlure sur mon visage se fait sentir et s’ajoute à la précédente. Un goût métallique en bouche m’indique qu’elle est emplie de sang. Mon instinct de survie prenant le dessus, je me force désespérément à vouloir me sortir de cette situation, de tenter de fuir. J’ouvre les yeux et pivote vers mon assaillant. Il est encore là, à moins de deux mètres de mes pieds, si proche et si dangereux.

L’instant suivant, il se soustrait à ma vue. Fronçant les sourcils, je me demande si ma vue est défaillante avant de réaliser que quelqu’un se trouve à présent entre lui et moi. Une personne que je n’ai pas vue s’avancer jusqu’à nous, qui semble être apparue brusquement, le temps d’un battement de cil. Mon regard glisse sur cette silhouette massive et étrangement fine. Le tissu est blanc et recouvre ses jambes. Un pantalon. Mon esprit reste confus. Mon regard suit de gauche à droite la silhouette du nouvel arrivant. Des bottes blanches sur un pantalon blanc. Au niveau des hanches, le vêtement laisse place à la peau nue du torse, d’un bras, d’une main posée au sol, doigts écartés. Mes yeux accrochent le jeu de lumière et d’ombres qui apparaît sur cet avant-bras et sur l’épaule d’un corps musculeux, athlétique. La pensée que cet individu puisse rivaliser sans conteste avec mon assaillant me soulage. Je cherche du regard le visage du nouveau venu afin de m’assurer qu’il n’a pas de mauvaise intention à mon encontre. De profil, une longue chevelure d’un châtain clair et lumineux masque en partie celui-ci. Je constate avec étonnement que les traits du visage de cet homme ne reflètent rien d’autre qu’une profonde souffrance.

Je me redresse et me mets à genoux en réalisant que peut-être cet homme a voulu intervenir. L’autre a dû le frapper de s’être ainsi interposé. Ce sont ces représailles qui inquiètent les gens et les empêchent au-delà du bon sens d’intervenir. De nos jours, une vie ne vaut qu’une balle, sans remords aucun à blesser voire à tuer.

Le fait de ne plus me sentir seule me pousse à réagir, à ne plus me soumettre. Je reporte mon attention sur le méchant de l’histoire et tente d’analyser ce qu’il s’apprête à faire pour pouvoir espérer m’y opposer. Mon cœur manque un battement alors que je note la présence d’un pistolet dans la main tendue vers nous. A-t-il tiré sur cet homme sans que j’aie entendu le coup de feu ?

Mes neurones tournent à plein régime alors qu’ils tentent d’analyser la situation et pour trouver une solution.

— Êtes...

Je me force à déglutir alors que ma gorge est serrée et écorchée par l’angoisse, la souffrance avant de faire une nouvelle tentative pour m’exprimer :

— Êtes-vous blessé ? demandé-je auprès de celui qui me fait face et qui est demeuré dans une posture statique, un genou posé au sol. Aucune réaction de sa part. Il n’émet aucune parole, ne fait aucun geste si ce n’est le mouvement de son buste suivant une respiration saccadée.

— Deux pour le prix d’un. Je vais pouvoir m’amuser !  crache l’autre, armé.   La colère, l’envie de me révolter balaye tout autre sentiment si ce n’est la peur qui ne m’empêche pourtant pas de me redresser. Cela attire l’attention de l’autre, qui braque son revolver sur moi.

— Merde, laissé-je échapper alors que le rythme de mon cœur atteint une cadence infernale et que ma respiration se coupe.

— Ça ne me dérange pas de baiser un cadavre du moment qu’il est encore chaud ! ricane l’autre, ses mots décuplant ma frayeur.

À nouveau, je ne le vois plus alors que l’homme entre nous s’est relevé souplement. Je ne peux toujours pas apercevoir son visage étant de profil. Cependant, je me fige à l’instant où celui-ci tourne la tête vers moi et ancre son regard au mien. Je ne sais ce qui me trouble le plus entre les traits parfaits de l’homme le rendant magnifique et son regard étrange d’un bleu très pâle – étrange de par sa profondeur et sa luminescence. Ce regard me détaille avec une telle intensité qu’il me donne l’impression de me découper en petits morceaux pour inspecter la moindre parcelle de mon être. Noyée dans ses yeux couleur azur, je réagis enfin lorsqu’il fait un pas puis un autre en s’éloignant de notre position, sans plus un regard dans notre direction. Médusée, je l’observe faire et réalise que je me suis méprise sur ses intentions alors qu’il me laisse seule avec l’autre sans m’apporter aucun secours.

— Ne m’abandonnez pas !

Ce cri du cœur se brise dans un sanglot déchirant face à ce que son départ signifie pour moi. L’homme torse nu s’arrête et pivote légèrement la tête du côté opposé au mien. Je suis la direction de son regard qui se trouve être le bandit qui m’a agressée. Un hoquet de stupeur bloque ma gorge alors que l’autre se trouve à genoux, la tête basse. Mon attention se fixe sur le pistolet qu’il a laissé tomber entre nous. Voyant l’arme sur la terre poussiéreuse, je me précipite pour la ramasser et la pointe sur mon assaillant, lorsque je remarque l’éclat rouge carmin qui s’étale rapidement sur le sol devant lui. Alors seulement, je réalise que le malfrat se tient le ventre des deux mains rougies par un flot de sang ininterrompu. Le liquide écarlate se rapproche rapidement de ma position. J’ai un mouvement de recul, ne voulant pas être touchée. L’homme qui un instant me menaçait s’écroule sur le côté. Sans réfléchir, mes pas me portent jusqu’à lui en laissant tomber le revolver dans le même élan. Des deux mains, je le retourne et croise son regard dans lequel toute trace de méchanceté pour ce qu’il s’apprêtait à me faire subir l’a déserté. Je n’y décèle qu’une grande souffrance et une peur irrationnelle de mourir. Car l’homme est sérieusement blessé. Ses mains se relâchent, me permettant de voir ce que jamais je n’aurais voulu observer de toute mon existence alors que son abdomen a été entaillé sur toute la largeur. Incapables d’observer cela plus longtemps, mes yeux s’accrochent à nouveau à ceux du blessé qui fixent à présent le néant. 
Il me faut quelques secondes pour réaliser qu’il n’y rien que je puisse faire pour lui venir en aide alors qu’il vient de s’éteindre. Mes mains se posent sur mes cuisses nues pour me permettre de me relever et y laissent l’empreinte de mes paumes ensanglantées. Debout, le regard dans le vague, je ne cesse de réfléchir sur la cause de sa blessure, sur ce retournement de situation. Mon regard se porte naturellement sur l’autre homme sur ma droite, de dos, non loin de ma position. À nouveau, il est figé dans un immobilisme un rien angoissant. Un éclat lumineux attire mon attention. C’est celui d’une longue lame qu’il tient d’une main ferme. Comment ne l’avais-je pas vue avant alors que cette sorte d’épée fait un bon mètre de long ? 

Mon regard va de l’homme qui gît à mes pieds à l’autre avant de comprendre que c’est cette arme qui est la cause de la blessure et surtout de la mort de ce bandit. Une angoisse m’enserre le cœur quand je réalise que cet individu se révèle tout aussi dangereux que celui qui venait de me frapper et de braquer son arme à feu sur moi. En fait, il l’est davantage après avoir fait ce qu’il vient d’accomplir. Pourtant, il semble ne montrer aucun intérêt me concernant alors qu’il se contente de fixer toute son attention sur la mer des Caraïbes, sans même m’accorder un regard ou s’enquérir de ma santé. Alors quoi ? Il est sorti ce matin avec une épée pour traîner dans ce parc afin de jouer les justiciers et taillader ceux qui s’en prennent aux pauvres femmes comme moi ? Tout cela n’a aucun sens.

Un éclat lumineux traverse le ciel, puis un autre. Je m’approche, sans le vouloir nécessairement, de celui qui est intervenu pour me sauver. Car que ce fût son intention ou non, il m’a permis de me sortir vivante de cette agression. À nouveau, cette sorte d’étoile filante alors que pourtant le ciel d’un bleu pur, en cette heure matinale, ne permet guère d’admirer le firmament. Je m’arrête à la droite de l’autre qui observe comme moi ce spectacle pour le moins étonnant. De cette position dégagée et privilégiée sur le centre-ville de Miami avec ses immeubles qui s’élèvent vers le ciel, la ville en apparence calme et ordonnée dissimule bien le désordre, la violence qui y règnent. Pourtant, ce n’est pas vers elle que mon attention se porte, mais sur ce qui semble tomber du ciel.

Un de ces objets, probablement une météorite, chute non loin de notre position, puis un autre. Stupéfaite, je contemple les projectiles qui déchirent le ciel avant de s’écraser ainsi un peu partout autour de nous, certains atterrissant directement en pleine mer.

Ayant besoin de parler, de comprendre ce qui se passe, je me tourne vers l’autre qui observe ce qui se déroule devant nous. Je ne peux m’empêcher de détailler son visage en m’étonnant de l’admirer ainsi dans la situation qui est sienne. D’autant plus qu’il ne semble nullement s’apercevoir de l’intérêt que je lui porte. Encadré par de longs cheveux qui tombent sur ses épaules et son dos, son visage possède des traits parfaits, seulement altérés d’être trop tendus tandis qu’il fixe la baie avec attention. En faisant preuve d’une grande volonté, j’arrive à détacher mon regard de sa personne pour fixer à nouveau ce qui se joue devant nous. Une pluie de météorites exceptionnelle brise l’apparente tranquillité de cette mégalopole bordée par la mer des Caraïbes dont une étendue se tient entre nous et le centre urbain.

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