La destinée incroyable d’une femme qui se révélera dotée de pouvoirs incommensurables. Shannon pensait être une jeune Anglaise de 27 ans comme les autres. Or, lors d’un séjour dans le sud de l’Angleterre, sa vie bascule lorsqu’elle se retrouve prisonnière d’un phénomène inexpliqué. Au centre des ruines de l’ancienne abbaye de Glastonbury, à notre époque, l’instant suivant, elle est parachutée au VIe siècle sur la mythique île d’Avalon et rencontre la célèbre enchanteresse, Morgane la fée. Pour quelle raison cette femme reconnue comme possédant de grands pouvoirs aurait-elle permis à Shannon de déchirer le voile du temps ?

 

LA MAGIE D'AVALON T1 : MORGANE
 EN EXCLU SUR : 

 

Shannon est à nouveau emportée par le tumulte des événements, contre lesquels elle tentera de se battre, contrairement à ce qui se passe dans le tome 1. Elle deviendra plus forte et son pouvoir magique suivra cette évolution. Ses relations avec Léodagan Pendragon seront plus que tendues que jamais, et d'autres personnages feront leur apparition, compliquant d'autant plus l'existence de Shannon et son désir de retourner sur l'île mythique d'Avalon afin de rejoindre sa mère, Morgane la Fée. Elle espère y arriver à temps afin que cette dernière lui permette de rejoindre notre époque en créant à nouveau une brèche à travers le temps.

 

LA MAGIE D'AVALON T2 : PENDRAGON
 EN EXCLU SUR : 

 

Un nouveau bond dans le temps entraîne Shannon, mais également Léodagan Pendragon, une cinquantaine d’années dans le passé. Nous ne sommes plus au vie mais au ve siècle. L’Empire romain n’a pas encore disparu. C’est l’époque d’Arthur avant qu’il ne devienne celui de la légende, ce guerrier qui s’oppose aux envahisseurs saxons pour la préservation de son peuple breton. C’est également le temps du mage Merlin qui accueillera nos deux héros, obligés de faire cause commune pour tenter de survivre à cette extraordinaire aventure qui les entraînera tous trois de Stonehenge à la Gaule pour venir au secours de l’armée bretonne menée par le jeune Arthur. Les événements vont rapprocher Shannon et Léodagan. Quant à Myrddin, le grand mage et père de Shannon, il se révélera aussi puissant que mystérieux. Mais le trio arrivera-t-il à temps pour sauver Arthur Pendragon et lui permettre d’entrer dans la légende ?

 

LA MAGIE D'AVALON T3 : MYRDDIN
 EN EXCLU SUR : 

 

Ve siècle. C’est le temps du puissant mage Myrddin, le père de Shannon et également celui de Léodagan, Arthur Pendragon avant qu’il ne devienne l'homme de la légende, ce guerrier qui s’oppose aux envahisseurs saxons pour la préservation de son peuple breton. Pour le moment, il faut le sauver des francs dont l'attaque est imminente. Et quand sera-t-il de la relation entre Shannon et Léodagan ? Ce rapprochement entre eux sera-t-il éphémère ou le début d'une grande histoire d'amour ? Et survivront-ils à cette aventure qui bien qu'extraordinaire demeure terriblement dangereuse ?

 

LA MAGIE D'AVALON T4 : ARTHUR
 EN EXCLU SUR : 

 

Shannon et Léodagan ont réussi à retourner à l’époque de ce dernier, le ve siècle. Mais sitôt arrivés, rien ne se passe comme prévu. D’une part, Myrddin n’a pas honoré sa promesse de les y retrouver et d’autre part, un comité d’accueil les y attend : les Saxons. Le couple se retrouve alors séparé, notre héroïne ne sachant ce qui est arrivé à Léo. Seule, elle doit faire face au roi saxon, Cissa, ainsi qu’à la fille aînée de Morgane la Fée, sa sœur Nimue. Les prêtresses d’Avalon ont pris la décision de s’allier aux envahisseurs, rendant d’autant plus grande la menace qu’ils représentent pour les Bretons.
Plusieurs questions se posent alors : Shannon pourra-t-elle retrouver Léodagan, celui que son cœur a choisi d’aimer ? Que peut faire une simple femme, même dotée d’une puissante magie, contre des peuples déterminés à vaincre sa patrie d’adoption ?

 

LA MAGIE D'AVALON T5 : NIMUE
 EN EXCLU SUR : 

 

 

L'avant dernier tome de cette extraordinaire aventure de Shannon ayant fait le choix de vivre au VIe siècle auprès de Léodagan Pendragon. Mais comment pourrait-elle continuer sans lui ?

 

LA MAGIE D'AVALON T6 : ARTHUR
 EN EXCLU SUR : 

 

Voici le dernier tome de l’extraordinaire aventure de Shannon, fille du grand mage Myrddin et de Morgane la Fée. Elle a fait le choix de vivre au vie siècle auprès de Léodagan Pendragon, mais pourra-t-elle survivre au déchaînement des événements ? Pourra-t-elle devenir cette femme aux grands pouvoirs afin de protéger le peuple breton contre les envahisseurs germaniques et les prêtresses d’Avalon ?

 

LA MAGIE D'AVALON T7 : SHANNON
 EN EXCLU SUR : 

CHAPITRE OFFERT

 

 

Prologue

 

 

 

Le monde devint chaos. J’avais été propulsée du vingt et unième siècle à celui que les historiens nommaient les Âges sombres, le mystérieux sixième siècle. Mon existence se résumait alors à survivre à tout un tas d’épreuves plus dangereuses les unes que les autres. À croire que Dieu ou l’une de ces divinités qu’adoraient les gens de cette époque maudite avaient une dent contre moi. Après de multiples périples, je me retrouvais donc en train de fuir pour ma vie, coupant à travers champs, poursuivie par toute une bande de gars armés jusqu’aux dents. Pour le coup, je remerciais la destinée de m’avoir incitée à faire de l’exercice physique ces derniers mois.

Bien qu’essoufflée et en nage, j’arrivais encore à courir. Il le fallait. Je tournai brièvement la tête ; l’angoisse me fouetta le sang et me fit accélérer. Ils étaient là pour mon plus grand malheur, et absolument pas ralentis par tout l’attirail qu’ils portaient. Attirail dont j’avais eu un aperçu. L’acier de leurs longues épées, de leurs haches et lances renvoyait l’éclat du soleil, sans parler de ces armures que je n’avais vues que dans les films sur l’Empire romain. Qui sait ? Faut croire que les peuplades de l’île de Bretagne continuaient à en porter même si Rome était tombée depuis des décennies. Je soulevais davantage les jambes en maugréant sur la longueur de ma robe. Le bas ne cessait de s’accrocher aux ronces et aux branches jonchant le sol. D’autant plus que la fine pluie qui tombait depuis un moment prenait rapidement de l’ampleur, rendant le sol glissant. C’était bien ma veine !

« S’ils me mettent la main dessus, je suis foutue ! »

Folle d’angoisse, épuisée ‒ et ah oui ! pour couronner le tout, perdue ‒, je courais droit devant moi sans vraiment savoir où aller. Je ne connaissais rien de cette contrée, de ce pays, de cette époque. Affolée, je jetai un bref coup d’œil sur mes poursuivants.

« Bon Dieu ! »

Ils ne se trouvaient qu’à quelques mètres derrière moi et, vus de plus près, ils étaient carrément flippants, surtout que certains riaient, visiblement amusés de me courir après. Je n’avais pas le choix. Il me fallait les distancer coûte que coûte sous peine de mourir, ou de souffrir de la pire des manières qu’il soit. Je n’avais aucune idée de leurs intentions, mais il ne fallait pas être devin pour savoir ce que toute une bande de barbares pouvait faire à une femme comme moi. Surtout que je les avais vus tuer sauvagement d’autres hommes. Les giclées de sang sur ma robe bleu foncé, sur mon visage, prouvaient à quelle horrible scène j’avais assisté avant de réussir à m’en éloigner aussi vite que j’avais pu. Allez savoir pourquoi ils prenaient la peine de me poursuivre, à présent, surtout quand l’un d’eux, le blond courant en tête, venait de prendre ma défense, là-bas où la confrontation avait eu lieu.

Je fus stoppée net dans mes pensées comme dans ma course par un impact violent dans mon dos. La douleur me coupa le souffle et je tombai face contre terre, ou plutôt contre boue. L’instant suivant, les mains de celui qui venait de s’écraser contre moi me retournèrent comme une crêpe. Par réflexe, et sans même vraiment voir ce qui se passait, je me débattis comme un diable. Mais l’homme réussit rapidement à m’immobiliser les bras d’une prise sur mes poignets. Comme maintes fois vu à la télévision, je tentai d’administrer un coup de genou dans les parties intimes du monsieur. D’une, cela ne fonctionna pas vu la longueur de ma robe qui entravait mes mouvements ; de deux, il ne sembla vraiment pas apprécier mon intention. L’instant suivant, son corps massif me coupa le souffle en écrasant le mien si frêle. C’est en levant les yeux pour croiser les siens, d’un noir sans fond, que je reconnus l’homme qui m’avait sauvé la vie un peu plus tôt. Il faut dire qu’il était le seul à avoir de longs cheveux blonds. Malgré son poids, j’espérais qu’il ne me voulait pas de mal. Pourquoi s’être donné la peine de me sauver avant, sinon ?

Et puis il souriait à demi, visiblement amusé d’être juché ainsi sur moi. Son regard se perdit bien plus bas que mon visage : sur ma poitrine en partie dénudée. Mon vêtement avait fait les frais de mes dernières aventures rocambolesques et, mouillé, il me collait à la peau tandis que ma respiration saccadée soulevait exagérément mon buste. Une chose était certaine, je ne laissais pas ce type indifférent et, pour tout dire, lui non plus ne me laissait pas de marbre. Il était l’un de ces hommes qui s’imposaient immédiatement face aux autres. Peut-être que mon jugement était faussé à cause de l’impression qu’il m’avait laissée la première fois que je l’avais vu surgir, tel un héros d’autrefois se portant au secours des jeunes femmes en détresse. C’était exactement ainsi que cela s’était passé entre nous. Il était un guerrier à l’ancienne et il se trouvait que j’avais été en très mauvaise posture lorsqu’il était apparu pour me secourir. Comme les autres, il portait une sorte de pantalon en cuir glissé dans des bottes maintenues en place par des lacets enroulés autour de la jambe jusqu’aux genoux. Une sorte de cuirasse en métal sombre protégeait son torse et son dos. J’en percevais la solidité, contre ma poitrine, ne pouvant le toucher de mes mains, les bras étant largement écartés par la prise qu’il exerçait sur moi. En dessous de cette sorte d’armure, il portait une tunique à manches courtes laissant ses bras nus, à l’exception de bracelets qui lui prenaient tout l’avant-bras. Eux aussi devaient être en cuir, comme la tunique, tant cette odeur m’enveloppait, se mêlant à celle de la terre détrempée que j’affectionnais tant. J’avais des difficultés à respirer, plus à cause de sa poitrine écrasant la mienne que des effets de la course ; et il y avait cette flopée d’émotions qui déversaient dans mes veines une dose massive d’adrénaline.

Je levai les yeux sur le visage de cet homme en partie dissimulé par ses cheveux mouillés et par des traînées de sang et de boue. Un frisson me saisit sous son regard. Non par peur, mais en raison d’une multitude de sentiments qui me faisaient battre le cœur avec force. Il était certain que je n’allais pas faire de vieux os en restant dans cette époque et en subissant constamment des événements intenses capables de me provoquer une crise cardiaque. Il regarda derrière lui et j’aurais voulu faire la même chose, mais il m’était impossible de lever la tête tant il était près. Mon horizon était complètement noyé, les gouttes crépitant bruyamment tout autour de nous.

Lorsque ses yeux revinrent se poser sur les miens, j’eus soudain un doute sur ses intentions. Son regard était froid, déterminé. Alors je sentis le fil d’une courte lame sur mon cou. Je me figeai sur l’instant, effrayée par la menace de cette arme autant que par l’homme qui me maintenait ainsi sous son joug.

 « Non, mais c’est pas croyable, ça ! Comment j’en suis arrivée là, déjà ? »

1 – Une journée de merde !

 

Six semaines plus tôt

Comment une vie pouvait-elle être si vide et si peu satisfaisante ? Qu’était devenue l’enfant que j’avais été, si pleine de rêves, avec cette envie de vivre à cent pour cent ?

En ce jour pluvieux de juin, je récupérai mon sac sous mon bureau ; il était bien plus volumineux que d’habitude. L’ordinateur éteint, je me dirigeai vers la sortie. C’était mon dernier jour de travail dans ce bâtiment : mon débile de supérieur venait de me licencier.

« Après tout ce que j’ai fait pour lui. Je n’arrive pas à le croire ! »

À l’extérieur, tout autour de moi n’était que mouvement. La foule d’une fin d’après-midi, l’afflux des employés qui quittaient leur travail au même moment. Le brouhaha des voix, le bruit de la circulation, tout cela me parvenait sans que j’y fasse véritablement attention. Mes yeux n’arrivaient tout simplement pas à voir les personnes qui m’entouraient. Pénétrer dans l’un de ces pubs devant lesquels je passais : voilà ce dont j’avais envie.

« Oublier ma vie lamentable au fond d’un verre. Ouais, c’est ce que je devrais faire. Ou pas. Un pot de glace menthe-chocolat saura peut-être me réconforter. »

Tout compte fait, je décidai que m’isoler dans mon trois-pièces me consolerait davantage. Hors de question de laisser les gens me prendre en pitié. Chaque jour, je m’obligeais à sortir, à dissimuler au monde entier la tristesse qui était la mienne. Ce n’était pas tant mon récent licenciement, mais la longue liste de catastrophes que la destinée s’était acharnée à mettre sur mon chemin ces derniers mois.

À commencer par mon petit ami, Andrew, avec lequel j’avais passé presque quatre ans. Il venait de me quitter du jour au lendemain. Certes, cela n’avait pas toujours été rose entre nous. J’avais dû constamment m’adapter, faire des concessions et tenter d’aplanir nos fréquents conflits qui avaient commencé au moment de sa perte d’emploi à l’usine. La récession avait durement touché le nord de l’Angleterre, et en particulier la région de Manchester, dans laquelle nous vivions. Néanmoins, j’avais fait en sorte de rester forte, de le motiver par tous les moyens, le soutenant sans relâche. Cela avait fonctionné un temps, jusqu’au jour où il m’avait annoncé qu’il partait pour Londres dans le but de trouver du travail. C’était il y avait quelque mois de cela.

Sur le moment, j’avais été enthousiaste, m’imaginant l’accompagner alors qu’il avait toujours refusé de s’éloigner de sa famille, originaire de cette ville. Depuis plusieurs années, je désirais bouger, changer d’air, mais j’avais dû me contraindre à rester pour mon amour pour Andrew. Quelle ne fut pas ma surprise quand il m’annonça qu’il préférait partir seul, me quittant par la même occasion en me laissant derrière lui. Une dispute avait éclaté dans notre petit appartement avant qu’il ne récupère son sac, déjà préparé, et qu’il ne sorte de notre logement… et de ma vie.

Ce déchirement dans ma poitrine, celui de mon cœur, était toujours présent ; c’était une trahison, un abandon. Il avait été celui avec lequel je m’étais imaginée unie pour la vie ; je le voulais père de mes futurs enfants. Le ciel, qui se voilait à nouveau d’un gris sombre, sembla comprendre ma douleur. Le soleil avait des difficultés à percer à travers le banc de nuages et un vent froid se mit à secouer les quelques arbres longeant la rue du centre-ville.

« Et voilà ! Je me la joue encore mélodramatique ! Comme si je n’avais pas passé toute ma vie ici où une nouvelle averse menaçait de tomber au moins une fois par jour. Non, mais je te jure ! »

Malgré mes remontrances adressées à moi-même, je levai les yeux pour observer le ciel. Là, une goutte d’eau s’écrasa sur mon visage, me lacérant la joue.

— Et merde !

Je venais de réaliser que j’avais oublié mon parapluie, le matin même, à l’appartement. Mon inattention était l’une des preuves que je n’étais vraiment pas bien ces derniers temps ! Comme un millier de fois depuis quelques semaines, j’éprouvais le besoin viscéral de crier, de pleurer, de me débattre face à cette douleur que m’avait laissé l’homme que j’aimais encore. Au lieu de ça, je me mis à courir à l’instant où une pluie fine s’abattait sur mes frêles épaules. Mes talons claquaient sur le pavé luisant. J’accélérai en priant Dieu et tous les saints pour ne pas chuter dans ma course. Quoique ! Ça ne m’aurait guère étonnée avec la poisse que je traînais dernièrement. C’est trempée que j’arrivai enfin devant le bâtiment de briques rouges. Je gravis plus lentement l’escalier en fer forgé datant au moins de la Seconde Guerre mondiale. Comme chaque fois, je retardai le moment de pénétrer dans mon appartement vide. Personne ne m’y attendait, de toute façon. Une immense solitude m’écrasa sitôt la porte passée. Je suffoquai. Même la crème glacée dont j’avais rêvé pour me remonter le moral n’était plus d’actualité.

Pour tromper l’isolement et chasser l’épais silence qui m’angoissait, j’allumai la télévision. Il était navrant de constater que je n’avais rien, ne serait-ce qu’un chat, pour me tenir compagnie. Je me nourris d’une pomme devant une série télévisée ; cela permettait généralement à ma conscience de se focaliser entièrement sur ce que vivaient les autres, même si c’était pure fiction. Pour ne pas penser à mes propres souffrances.

Après ce repas bien trop frugal, je fis des exercices de musculation dans la pièce qu’Andrew avait tenu à s’offrir ; l’achat de tout cet équipement avait englouti une bonne partie de nos minces économies. Lui céder était, comme d’habitude, une manière de lui remonter le moral. À présent, c’est moi qui m’en servais pour me défouler de mon ressentiment et de ma peine. En deux mois, mon corps avait radicalement changé.

« Se nourrir comme un oiseau et faire du sport dès que je pense à lui, c’est-à-dire constamment, c’est sûr que je ne peux que maigrir. »

Là, encore, je préférais m’isoler en faisant mes exercices à la maison à défaut de sortir, de voir du monde en me rendant dans une salle de fitness. J’avais conscience que la raison première de l’utilisation intense de ces appareils avait été d’entendre Andrew lancer l’argument de mon surpoids pour justifier notre rupture. Ces mots résonnaient encore dans ma tête depuis le jour où il me les avait jetés au visage : « Franchement, comment je pourrais encore ressentir quoi que ce soit pour une fille aussi grosse que toi ? » 

C’est avec rage que je frappais sans aucune retenue dans le sac de boxe, alternant des coups de poings, de pieds et de genoux.

— Pauvre con ! râlai-je à nouveau.

Je ne pouvais m’empêcher de l’insulter quand je me dépensais ainsi ; c’était très libérateur en soi. Après plus de deux heures d’efforts intenses et une bonne douche, je me rendais dans la chambre quand le téléphone sonna. J’hésitai à jeter l’appareil par la fenêtre, puis me résolus à prendre l’appel : je me doutais de qui pouvait bien m’appeler.

— Allô, ma chérie !

— Salut, Man.

C’est à peine si je retins un grincement de dents.

— Ça fait bien une dizaine de jours que tu ne m’as pas appelée. Et tu sais pertinemment que je m’inquiète quand ça arrive.

 « Elle attaque fort aujourd’hui. »

— J’ai été surchargée de boulot.

Mentir se révélait bien plus simple que de chercher à éviter de m’enfoncer davantage. Une flopée de reproches ne tarderait pas à venir me polluer dans le cas contraire.

— Dis plutôt que tu te morfonds dans ton appart depuis que l’autre débile t’a quittée. En parlant de débile, Tom refuse que nous descendions te voir cet été, alors qu’il doit se rendre à Inverness pour pêcher et...

Je laissai parler ma mère. Si elle m’appelait, c’était uniquement pour déverser sur moi toutes les injustices qui jalonnaient sa vie. Inutile de l’interrompre, cela ne ferait que prolonger la conversation, et donc le calvaire. Ma mère, Abiageal, pouvait parler durant plusieurs heures s’il le fallait. Or, toutes ses histoires m’ennuyaient profondément. Une main sur le combiné, j’eus le temps de finir de me vêtir, de me laver les dents le plus silencieusement possible et de m’installer pour la nuit dans mon lit en lui fournissant quelques « oui » et « non » lorsque la conversation l’exigeait. D’une oreille distraite, je l’écoutais vider son sac. Le bon côté des choses ? Ce flot incessant de paroles avait tendance à m’endormir.

— Voilà ! Je t’ai tout dit. Shannon ?

— Suis là, murmurai-je à demi éveillée. Donc tu ne viendras pas le mois prochain.

 C’était pour moi la seule information digne d’intérêt dans tout ce bla-bla.

— Eh non, ma chérie. Cela me brise le cœur, crois-moi ! En revanche, tu peux nous rejoindre pour quelques jours si tu le souhaites,me proposa-t-elle.

« Plutôt me suicider tout de suite. Si je vais chez elle, c’est sûr que jamais je ne pourrai remonter la pente. »

Il en était toujours ainsi avec ma mère. C’était aux autres de faire des efforts pour s’adapter à ses besoins, et non l’inverse.

« Pas étonnant que je sois tombée amoureuse d’Andrew. »

La relation que j’avais entretenue avec lui avait été aussi exigeante que celle que j’avais avec ma mère. Je soupirai et lui répondis néanmoins :

— Je vais voir si je peux me libérer.

— Ça serait bien. Ton aide me serait précieuse, car j’ai beaucoup de choses à faire dans la maison, et puis tu sais que je n’aime pas être seule quand ton beau-père n’est pas là.

— Man, je ne te promets rien, hein ?

— Oui, oui. Bon. Bonne nuit.

Avant qu’elle ne raccroche, je l’entendis appeler son mari, probablement pour lui annoncer la nouvelle de ma prochaine venue. Ma mère était incroyable. Elle pouvait être extrêmement pénible, pourtant je l’aimais beaucoup et je me sentais redevable envers elle. Sans doute à cause de notre passé. Il faut dire qu’elle n’était pas ma mère biologique : mes parents m’avaient adoptée alors que je n’avais pas encore deux ans. Les premières années de mon existence avaient été heureuses ; c’était avant que mon père ne se mette à boire et qu’il ne commence à nous mener la vie dure. Je venais d’avoir douze ans quand une crise cardiaque le foudroya. Sa mort, bien que tragique, fut une véritable libération pour ma mère et moi. Ce jour nous vit prendre soin l’une de l’autre jusqu’à que je parte pour la ville. Elle venait de faire la rencontre de Tom MacLachlan, un Écossais pure souche, même si son prénom ne l’indiquait pas. Ma mère se remaria peu de temps après, puis suivit son époux dans son pays d’origine. Je ne les voyais qu’une ou deux fois par an, et c’était largement suffisant.

Je reposai le téléphone sur la table de nuit et me calai plus confortablement dans le lit. Je ne pouvais vivre auprès d’elle qu’à petite dose tant elle était exubérante. J’avais volontairement omis de lui annoncer mon licenciement pour ne pas l’entendre me dire que j’avais à nouveau échoué. Je n’étais qu’une secrétaire dans une agence immobilière, mais, au moment de ma rupture amoureuse, j’avais commis quelques erreurs dans la constitution des dossiers. La sanction était tombée en fin de journée : mon supérieur m’avait fait savoir que la majorité des vendeurs s’étaient plaints de mon travail. Il n’avait eu soi-disant pas d’autre choix que de me licencier. C’était décevant, ce manque de compréhension de la part de mon employeur et du reste de l’équipe : je les côtoyais depuis plus de trois ans !

Une raison supplémentaire de haïr Andrew. Incapable de hurler, je tapai dans le coussin pour décharger mon ressentiment avant de souffler et de m’allonger, sachant que seul le temps pourrait me permettre de cicatriser la plaie.

« Ouais. J’espère que j’aurai encore mes dents, d’ici là ! »

Je finis par m’endormir, laissant l’inconscience m’emporter loin de cette difficile période de ma vie qu’il me faudrait pourtant surmonter.

 

 ***

 

Je me réveillai dans un sursaut. La tête horriblement douloureuse, la respiration difficile, sans savoir où je me trouvais et en ne gardant aucun souvenir du rêve que je venais de faire.

« Plutôt un cauchemar, oui ! »

Assise au bord du lit, mes pieds nus effleurant le parquet du bout des orteils, j’eus besoin d’un long moment pour me calmer, retrouver un semblant de contrôle sur mes émotions. Je finis par me lever pour me rendre dans la minuscule salle de bain de l’autre côté du couloir. Je m’aspergeai le haut du corps d’eau froide puis me saisis d’une serviette d’un geste las. Le miroir au-dessus du lavabo me renvoyait l’image d’une femme à la chevelure auburn arrivant aux épaules ; un dégradé long que j’avais fait faire trois semaines plus tôt. J’avais éprouvé un besoin d’un changement dans mon apparence, laissant la coiffeuse me couper ces longs cheveux qu’Andrew appréciait tant. Cette nouvelle coupe avait pour avantage de dégager mon visage au teint de porcelaine et mon regard d’un bleu iceberg. Et ma perte de poids avait eu un excellent effet sur mon visage en révélant des traits plus marqués.

« T’es pas mal du tout, ma petite Shannon ! »

Je me trouvais jolie. Si ce n’était ma bouche trop charnue et mon nez un peu trop long, je me serais presque sentie belle. Je retournai dans ma chambre pour tenter de m’endormir à nouveau. Après tout, je n’avais pas à oublier cet épisode cauchemardesque puisque je n’en conservais aucun souvenir. Et puis je réalisai que je n’avais pas besoin de me lever de bonne heure le matin suivant, ce qui ne m’était pas arrivé depuis des lustres !

Je passai les trois jours suivants enfermée à faire du sport ; c’était devenu une sorte d’addiction pour moi. Le reste de mon temps me voyait sur Internet à la recherche d’un emploi. Sans une occupation à plein temps, j’allais vraiment devenir dingue, à tourner ainsi en rond dans mon appartement. Décidée à sortir, je changeai juste de chaussures, remplaçant les pantoufles roses par des baskets, et gardai ma tenue de sport en coton noir. Le centre-ville me sembla vraiment différent en milieu de journée, plus lumineux, plus vivant. Je zigzaguai entre les passants, en grande majorité des mères accompagnant leurs jeunes enfants au parc. Bonne idée, le parc. J’y pénétrai aussi. Pendant que j’en faisais le tour, la musique pop-rock déversée par les écouteurs dans mes oreilles me permettait de ne pas entendre le monde extérieur et m’offrait une échappatoire. À un croisement, j’eus la sensation d’être observée. C’était loin d’être la première fois que j’éprouvais cela. En sautillant sur place, je jetais un regard tout autour de moi. Rien que des passants. Je finis par rentrer chez moi en gravissant rapidement les marches d’une bonne foulée. Une fois sur le palier, je constatai avec étonnement que la porte était entrouverte. L’angoisse m’étreignit tandis que je posais la main dessus pour la pousser. Elle s’ouvrit dans un grincement sinistre sur l’intérieur de mon appartement. 

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