LEAH CROW

Une guerre entre des Banshees, messagères de la Mort

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Je suis Leah Crow, annonciatrice de la mort. Je suis une Banshee.

Savez-vous ce qu’est une Banshee ? Moi non plus je n’avais jamais entendu ce terme jusqu’à ce que je découvre que j’en suis une. Une Banshee n’est rien de moins que l’ancêtre des sorcières. Elle est capable d’annoncer la mort et de maîtriser les éléments. N’importe qui pourrait trouver que d’avoir des pouvoirs comme dans les films fantastiques est super cool. Sauf qu'il y a malgré tout un prix à payer. J’attire la mort sur les gens qui m'entourent et mon pauvre cœur s’est malheureusement épris d’un homme. Je vais devoir combattre la Mort elle-même afin que notre amour survive, afin qu'il puisse rester en vie.
Dans cette série se mêleront magie, amour, lutte afin de survivre, réincarnations et mythologie celtique.

 

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Mon nom est Leah Adams, j'ai 21 ans et je suis étudiante dans la plus grande université des USA, celle de l'état de l'Arizona. Mais tout ceci est un mensonge, une vie fabriquée pour me permettre de me cacher de l'ordre des Anciennes qui souhaite me voir morte. Plutôt ironique quand on sait que je suis une Banshee, une femme dotée de pouvoirs et annonciatrice de la Mort elle-même. Ma vie se résume à survivre et à protéger de nouvelles banshees que la résistance, menait par ma mère, tente de dissimuler à notre ordre.

 

EXTRAIT

 

 

1. Tu pleures du... sang

 

 

 

Je courais aussi vite que mes jambes me le permettaient à travers la forêt avoisinant ma maison, en essayant d’oublier que je m’y trouvais seule, en pleine nuit. Les battements sourds de mon cœur et ma respiration saccadée étaient étouffés par d’autres sons, comme le chant des oiseaux nocturnes ou le craquement du feuillage sous mes pas. Je devais arriver à temps : seule cette pensée comptait. Je venais de faire le plus affreux des rêves. J’avais cependant la conviction que ça n’en avait pas été un, la preuve étant que je n’avais pas hésité à sortir en pleine nuit pour me diriger vers la route vue dans mon rêve. Les branches en travers du chemin semblaient prendre un malin plaisir à me griffer et à s’accrocher au bas de ma nuisette lors de mon passage, comme pour me retenir, mais je finis tout de même par atteindre la route. Je stoppai net, m’appuyant sur mes genoux pour retrouver un semblant de souffle. J’étais arrivée jusqu’ici sans tomber. Pourtant, le sol de la forêt glissait par l’humidité qui le recouvrait en ces heures nocturnes. J’avais fort heureusement eu la bonne idée d’enfiler mes bottes à semelles crantées sous ma robe de nuit. Sans cela, je n’aurais pu atteindre ma destination sans dégâts.

Soudain, un bruit de moteur me fit relever la tête.

Comme dans mon rêve, une moto apparut au sommet de la butte et je la vis s’élever dans les airs, au ralenti, pour retomber dans une des nombreuses ornières qui caractérisaient le circuit routier de l’État du Vermont. La moto dérapa lorsqu’elle heurta le sol et bascula sur le côté, entraînant son passager dans sa chute. L’homme et la machine glissèrent sur l’asphalte et percutèrent l’un des nombreux troncs d’arbres bordant la route. J’assistais à cette scène, pétrifiée par ce spectacle malheureux, incapable de bouger, voire de raisonner. Le bruit d’un autre véhicule qui approchait me ramena à la raison. Mon corps et mes sens se remirent à fonctionner quand une seconde moto apparut au sommet de cette même butte qui avait été l’une des causes de cet accident. L’autre conducteur, plus prudent, ralentit et s’arrêta sur le bas-côté, sûrement en apercevant la moto accidentée dégageant à présent de la fumée. Je me mis à courir vers la silhouette étendue du côté opposé de la route. Le motard était immobile. J’arrivai en même temps que l’autre conducteur. Je m’agenouillai afin de toucher le corps de l’homme étendu là, me demandant si tout cela était bien réel. Pourtant, mes mains parcoururent la poitrine du blessé qui se soulevait, me confirmant deux choses : tout ceci était bien réel et l’homme avait survécu à sa chute.

— Bon Dieu, et merde ! Combien de fois, je t’ai dit de faire plus attention. Il ne m’écoute jamais ce con, débita la voix de l’homme qui me surplombait.

Je relevai la tête et pour le voir retirer son casque de moto. Je réalisai que je le connaissais. C’était James Stone, un des meilleurs joueurs de notre équipe de base-ball de notre lycée. Lui n’avait pas été dans mon rêve. Inconscient de la tournure que prenaient mes pensées, James s’agenouilla de l’autre côté du corps de son ami. Sa main se porta au-dessus de son buste sans pourtant le toucher.

— Est-ce qu’il est..., bredouilla-t-il d’une voix paniquée.

Je ne réalisai qu’après quelques secondes qu’il s’adressait à moi. Il eut un moment de flottement alors qu’on se fixait sans trop savoir que penser. Les yeux clairs de James furent les premiers à briser le contact visuel. Il regarda à nouveau son ami allongé entre nous. Je me saisis du poignet droit du blessé et pus y sentir un pouls, malheureusement très faible. James porta ses deux mains au casque de son ami, mais j’arrêtai son geste en me saisissant de ses avant-bras en lâchant un « non » angoissée.

« Il sait pas qu’il ne faut jamais retirer le casque d’un motard venant d’avoir un accident ? », me demandai-je en sachant pertinemment qu’il en avait été informé quand le shérif était venu nous l’expliquer en cours, l’année précédente.

Nos regards se croisèrent à nouveau, le sien cette fois-ci empli d’incompréhension et de tristesse.

— C’est dangereux de le lui retirer.

Soudain, James se mit à s’agiter en tapotant frénétiquement le blouson de cuir noir qu’il portait. Il semblait être à la recherche de quelque chose quand il sortit triomphalement son portable de l’une de ses poches. Il reporta son attention vers son ami, allongé sur le sol.

— Tiens bon, Jack ! J’appelle les secours, murmura-t-il avant de se relever pour passer ce coup de fil.

Je posai mes deux paumes sur le torse de l’homme. Les secours n’arriveraient jamais à temps. C’était une certitude que me criait mon instinct. De le toucher, de m’agripper à lui, c’était pour le retenir à nous, à ici, à la vie. Je perçus alors une chaleur, une énergie qui irradia dans mes mains alors que je me demandais si je n’étais pas en plein délire. Non, je savais au plus profond de moi ce qui se passait comme j’avais su que cet accident allait vraiment se produire. Cela n’avait pas été un simple cauchemar. Je n’avais pas voulu y croire. Venir jusqu’ici avait été pour me prouver que ce n’était pas vrai, que je n’étais pas bizarre. Ça n’avait pas marché. Et voilà que comme dans mon rêve, un halo de lumière s’éleva au-dessus du blessé.

« Son esprit. Sa force vitale. »

Elle quittait le corps du jeune homme, de l’ami de celui qui se tenait à une certaine distance de nous. James tournait en rond au milieu de la route en pleine conversation téléphonique avec l’agent des services d’urgence. Brusquement, la lumière blanche irradia plus intensément. Avec ébahissement, je ne pus qu’observer celle-ci s’élever vers le ciel juste là, devant moi. Elle disparut aussi soudainement qu’elle était apparue.

Les mouvements saccadés que je percevais un instant plus tôt sous mes paumes s’étaient arrêtés. Jack Harper venait de s’éteindre alors qu’il n’avait comme moi que dix-sept ans. Une peine profonde m’envahit. Je n’avais jamais ressenti un sentiment aussi fort de toute ma vie. Elle n’égalait même pas celle que j’avais ressentie à la mort de mon père, mais il est vrai que je n’avais pas encore six ans, sûrement trop jeune et naïve pour réaliser ce qu’elle signifiait à l’époque. En revanche, je me souvenais parfaitement du départ de ma mère qui m’avait abandonnée quelques mois seulement après la mort de mon père. Malgré mon âge, j’en avais énormément souffert et en souffrais encore. Elle m’avait laissée avec sa sœur, ma tante qui m’élevait depuis comme sa propre fille. Sans elle, je serais seule au monde, perdue. J’aurais dû l’avertir avant de quitter la maison, mais je n’avais fait que réagir. Plus que cela, j’avais été comme portée par une force irrépressible dans la nuit, sur cette route et ce que je ressentais après avoir vu cet accident… ce que je ressentais agenouillée devant Jack… je me sentais brisée comme si mon cœur se déchirait en deux. C’était si réel comme sensation que je portai mes mains à ma poitrine, souhaitant par ce simple geste, pouvoir empêcher mon être d’imploser aux quatre vents. Je me recroquevillai, incapable de respirer, quand deux mains grandes et fermes se saisirent de mes avant-bras nus.

— Toi aussi tu es blessée ? me demanda James en me relevant.

Je ne parvenais pas à parler pour le rassurer sur mon état, quoique j’avais de sérieux doutes sur celui-ci. Une douleur atroce me fit monter les larmes aux yeux. Je sanglotais en silence, incapable de m’arrêter. James, lui, tenta de faire revenir à lui son ami. Il porta ses mains à sa poitrine, sa gorge, son poignet. Il se rendait à l’évidence quant au fait que son ami était mort. Il se mit à sangloter, porté par sa propre peine et plus il souffrait, plus j’avais mal. Une peine inimaginable me tordit les entrailles, je hoquetai en me demandant si je survivrai à une telle souffrance. Deux mains me forcèrent à me redresser alors que j’étais pliée en deux, agenouillée sur la route.

— Regarde-moi, les secours seront là très prochainement. Regarde-moi ! insista James en apposant sa main sous mon menton pour m’obliger à relever mon visage vers le sien. Bon Dieu ! Tu es blessée. Tu dois avoir une commotion cérébrale ou un truc du genre, marmonna-t-il en palpant ma tête anxieusement.

« Mais il parle de quoi là ?! »

La douleur s’atténuant, relâchant mon cœur de son emprise, je pus à nouveau réfléchir sur ce qu’il s’est passé.

— Arrête, dis-je en reculant de quelques pas. Je ne suis pas blessée.

Je me mis à me frotter les bras pour me réchauffer. Je me sentais tout à coup frigorifiée. Je reportai mon regard vers le corps de Jack, mort dans un stupide accident de moto.

— J’ai tout vu. Sa moto a dérapé à cause d’une ornière sur la route sans parler de sa vitesse excessive, déclarai-je en retrouvant le contrôle de mes émotions.

Mais James continuait à me fixer intensément. Je pouvais entendre, à présent, au loin, les sirènes des secours qui seraient là dans quelques minutes pour simplement constater le décès d’un jeune mort sur la route. Un parmi tant d’autres.

— Quoi ? lâchai-je exaspérée par l’insistance de son regard.

— Tu pleures du...sang, murmura-t-il, incrédule.

— N’importe quoi, grognai-je à la fois irritée par cette absurdité, et pourtant inquiète sous l’intensité de son regard fixé sur moi.

Je vis la main de James s’élever lentement et toucher de l’index mon visage. Il me montra ensuite son doigt afin de me permettre de constater ses dires. Une goutte de sang perlait sur son index. Je portai, à mon tour, une main à mon visage et constatai les traînés rouges pourpres marquant à présent mes doigts recouvrant la blancheur de ma peau. J’aperçus le regard de James parcourir le reste de ma personne, sûrement à la recherche d’une quelconque blessure et pris conscience, avec horreur que ma petite robe blanche que j’avais passée pour la nuit, révélait que trop mes formes. Nous nous retournâmes vers les lumières des gyrophares qui arrivaient au loin. Alors, je me mis à courir à nouveau, m’enfonçant dans la forêt sans un regard en arrière pour l’homme que je laissais.

— Eh ! Où vas-tu ? hurla James.

Mais je ne m’arrêtais pas. Pour la deuxième fois, en cette nuit fraîche d’octobre, je traversais la forêt dans une obscurité pesante, l’âme en déroute par la scène de mort à laquelle j’avais eu à assister par deux fois. Je venais d’en être témoin quelques instants plus tôt, mais aussi dans un rêve, en sachant que je n’avais pu empêcher ce qui venait de se produire : la fin d’une vie.