Un simple miroir bouleversera irrémédiablement la vie d'Evana en lui offrant un passage vers un autre monde dans lequel elle devra tenter de survivre. Elle aura à cœur de protéger sa nouvelle amie, celle qui est destinée à régner en tant que Porteuse de lumière, sur le royaume qu'elle vient d'atteindre. Découvrez un monde comme nul autre, en compagnie d'une jeune femme déterminée, bourrée d'humour et possédant bien des ressources pour se défendre. 

 

PORTEUSE DE LUMIÈRE 1: LUEUR

 

À la plus grande surprise de tous, Evana est devenue la Porteuse de Lumière. La raison demeure mystérieuse du choix de cette femme qui vient pourtant d'un autre monde : le nôtre. Mais elle n'a pas le temps de réfléchir à cela ! Une menace réelle plane sur le royaume qu'elle régente. L'ennemi de son peuple, celui d'Otame est prêt pour la guerre. Mais c'est également la vie même de la jeune femme qui est en jeu. Evana devra montrer toute sa force, sa détermination et son courage pour faire face aux épreuves, aux dangers qui jalonnent son existence. Il lui faudra trouver des alliés pour l'épauler, voire la sauver. Néanmoins, cela sera-t-il suffisant ?  

 

PORTEUSE DE LUMIÈRE 2: ÉCLAT

 

Evana, Porteuse de lumière, doit faire face à sa destinée. Et celle-ci est loin d'être aisée. Elle se retrouve à la tête de millions de personnes réclamant sa protection contre un ennemi bien plus dangereux et sournois qu'elle ne l'escomptait. Sans compter que son cœur a décidé de s'éprendre d'un homme qui ne cesse de souffler le chaud et le froid avec elle, quitte à la rendre dingue. Saura-t-elle trouver sa place dans ce monde qui a tant besoin de sa lumière ? - Ce tome conclura l'aventure d'Evana qui devra encore faire preuve de beaucoup de courage et avoir une bonne dose d'humour pour peut-être espérer un dénouement heureux.

PORTEUSE DE LUMIÈRE 3: ÉBLOUISSEMENT

CHAPITRE OFFERT

 

 

1NOSTALGIQUE

 

 

J’ouvris la porte de mon appartement et pénétrai à l'intérieur, heureuse d'être enfin à la maison.  C'était le moment favori. Celui de me retrancher dans mon cocon, mon endroit rassurant dans ce monde, loin des problèmes extérieurs, coupée de la foule et de sa frénésie. Je me déchaussai avec joie de mes talons hauts, posai mes clés et mon téléphone sur la table du vestibule. Ensuite, j'accrochai ma veste sur le crochet sur ma droite. Je me dirigeai vers le salon profitant de la sensation du parquet sous mes pieds. Le soleil pénétrait à travers les grandes vitres que j'avais peintes de différentes couleurs teintant l'éclat de la lumière sur le lieu. J’avais choisi chacun des meubles en chêne clair. Chaque élément de décoration de l'appartement était fait pour m'apporter la douceur et la sérénité dont j'avais tant besoin.

Depuis plusieurs années, je menais une vie pour le moins exaltante, mais épuisante. Tout du moins sur le plan professionnel. Je ne me souvenais plus de la dernière fois où j'avais pris des congés ou ne serait-ce qu'une journée de repos. Les seuls moments de confort ou de détente que je m'accordais se résumaient à ceux que je passais seule chez moi… ou presque.

— Yuna, viens là, ma belle, appelai-je.

La chatte miaula en arrivant d'une démarche nonchalante alors que je m'installai sur le canapé beige. 

— Toi au moins, tu n'as pas à te presser, souris-je en l'observant. 

Elle sauta et s'assit sur le haut de mes jambes que j'avais étendues sur la table basse. Je la caressai d'une main tout en attrapant la télécommande de la chaîne hi-fi. La musique douce se diffusa dans la pièce. Je calai la tête sur le dossier et soupirai. 

— Voilà, un pur bonheur ! As-tu remarqué ? Je ne suis pas mouillée pour une fois ! 

Il est vrai que le climat londonien n'est pas reconnu pour sa clémence. L'un de mes professeurs m'avait conseillé de faire mon stage de fin d'année en Angleterre après avoir fait mes études de commerce à Paris. J’avais suivi son conseil et y était revenue par la suite pour y travailler. Cela faisait presque six ans que j'avais quitté la France. Il m'arrivait parfois de regretter mon choix, mais peu de choses me retenaient dans mon pays d'origine. Mes parents avaient divorcé et avaient maintenant refait leur vie. Je ne regrettais qu'une seule personne : ma grand-mère paternelle. Je ne l'avais pas revue depuis plusieurs années. Nous continuions à nous écrire des lettres comme autrefois et je chérissais cette correspondance avec elle. Elle était la seule personne à me connaître vraiment et à se soucier de moi. Je ne comprenais toujours pas pourquoi mon père et ma mère avaient décidé à l'âge de mes dix ans de quitter ma Dordogne natale, pour Paris, nous éloignant définitivement de ma parente adorée. Mes parents m'avaient dit que cela concernait une offre d'emploi. Pourtant, même à cette époque, j'avais su que cela n'était pas vrai. Ils avaient voulu me séparer de mon aïeule. Je n'avais jamais su pourquoi. Cet éloignement avait été une déchirure pour l'enfant que j'avais été. Ma grand-mère était la personne avec laquelle je passais le plus de temps, particulièrement pendant les vacances. Mon père et ma mère travaillaient tous les deux et il leur fut impossible de me garder. J’avais passé les plus beaux instants de mon existence auprès d'elle. Notre déménagement sur Paris avait aussi marqué la fin de leur mariage. La vie en ville ne possédait pas le même rythme que celle de la campagne sans compter le stress ambiant et les soucis permanents. Non, cela n'avait pas été une partie très agréable de ma vie.

Je pensais que c'était l'une des raisons pour lesquelles je n'avais pas hésité à m'exiler dans un autre pays à tout juste dix-huit ans.

Ma chatte releva la tête.

— Ça va ma belle, murmurai-je en essuyant mes larmes. 

Je me levai et me tins devant la fenêtre. Le ciel se teintait de rose orangé annonçant la nuit qui tombait lentement sur la ville. Je venais d'apprendre le décès de mon aïeule cinq jours plutôt. Mon père m'avait téléphoné pour m'annoncer la nouvelle.

J’avais immédiatement souhaité partir pour la France afin d'assister à son enterrement.

— C'est fini. Son exhumation a déjà eu lieu, m'avait-il dit.

— Quoi ? Mais comment ça ? Pourquoi tu ne m'as pas appelée plus tôt ? avais-je demandé, abasourdie.

— Je n'ai pas eu le temps et je pensais que toi aussi tu n'aurais pas pu prendre un jour de congé pour venir ! C'est ce que tu réponds toujours lorsque ta belle-mère te propose de nous rejoindre, s'était-il justifié.

— Ce n'est pas vraiment la même chose et tu n'avais pas le droit de me priver de ce moment pour lui dire adieu, m'étais-je énervée.

— Excuse-moi. Je ne me doutais pas que cela t'affecterait autant.

— Elle était ma grand-mère, celle qui s'est occupée de moi pendant des années. Assister à son enterrement aurait été la moindre des choses que je sache !

— Désolé.

— Bon. Je te rappelle plus tard.

J'avais raccroché avant de dire ce que j'avais réellement sur le cœur concernant son comportement. C’était de cette façon que j'avais appris le décès.

Elle était morte d'une longue maladie alors que dans sa correspondance, elle me rassurait à chaque fois concernant son état de santé. Elle avait exprimé le souhait de me voir dans sa dernière lettre. Je soupirai, chassant cela de ma tête, et me dirigeai vers la salle de bains et pris une douche rapide avant de me mettre en pyjama. Je passai aussi des chaussettes en prévision des nuits froides de printemps. 

J’étais en train de me rendre dans la cuisine afin de me préparer un en-cas avant de regarder un documentaire quand la sonnette retentit.

Je fronçai les sourcils devant l'heure tardive pour une visite et gagnai le vestibule. Je pris soin de regarder par le judas et vis ma concierge.

— Bonsoir Mme Smith ! Je peux faire quelque chose pour vous ? demandai-je en anglais en ouvrant.

— Bonsoir. Excusez-moi pour l'heure tardive, mais je sais que vous finissez tard habituellement. J’ai réceptionné un colis pour vous aujourd'hui, m'informa-t-elle.

— Un colis ? questionnai-je parcourant le couloir vide du regard.

— Oui ! Il est en bas. Ce paquet est un peu encombrant et je ne suis plus toute jeune, vous savez.

Je souris à la femme âgée d'une soixantaine d'années. Elle avait une silhouette frêle et des cheveux grisonnants. Pourtant, elle demeurait toujours tirée à quatre épingles et habillée élégamment quelle que soit l'heure de la journée.

— J'arrive, Mme Smith.

J'enfilai mes chaussures de sport et passai un gilet en laine noire avant de ressortir en fermant la porte à clef. Je rejoignis la vieille dame dans le couloir et nous accédâmes à l'ascenseur de mon immeuble de style victorien de six étages.

— J'ai essayé de vous appeler sur votre téléphone portable avant de venir.

— Oui ! Je le coupe dès que je rentre à la maison.

— Je pensais que les jeunes ne se passaient plus de ces gadgets.

— Croyez-moi, si je pouvais, je vivrais sans téléphone ! C'est une horreur de rester constamment joignable, contredis-je.

Elle me sourit.

— Je peux facilement le comprendre. Nous y voici ! annonça-t-elle tandis que les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le rez-de-chaussée.

Je la suivis jusqu'à son appartement. C'était le seul de cet étage dont les murs étaient recouverts de carrelage blanc avec une bande noire à mi-hauteur. Elle fit glisser un paquet volumineux de forme carrée jusque sur le palier.

— Voilà !

— Ah oui, quand même.

Je m'en saisis en écartant les bras et fus soulagée de constater qu'il n'était pas si lourd que cela. Je m'avançai vers l'ascenseur.

— Attendez ! Je vais vous tenir la porte, m'avertit gentiment la concierge que je connaissais vaguement depuis plus de trois ans. Disons, que je l'apercevais de temps à autre et lui parlais quand cela était nécessaire.

Je pénétrai dans l'ascenseur.

— Voulez-vous que je monte avec vous pour vous aider ? 

— Cela ira, Mme Smith. Je vous remercie de votre aide et vous souhaite une bonne soirée.

— Bonne nuit à vous aussi, répondit-elle avant la fermeture des portes de l'ascenseur.

J’eus quelques difficultés à pénétrer dans mon appartement, mais fus heureuse quand j'y parvins. J’eus un moment d'arrêt devant le colis d'environ un mètre de hauteur que j'avais déposé dans le salon.

Je baissai les yeux sur la chatte qui se frottait contre ma jambe.

— T'en penses quoi, toi ? Voyons s'il y a une adresse ou une lettre.

J'inspectai le colis, mais n'y lus que mes propres coordonnées.

— Bon, autant l'ouvrir. 

Je récupérai des ciseaux et revins afin de défaire le cordon et les cartons entourant l'objet. Je posai le tout sur le sol et découpai l'emballage de bulles. La personne qui m'avait envoyé ce colis s’était donnée beaucoup de mal pour protéger son contenu.

Je fis alors face à mon propre reflet et compris ce dont il s'agissait.

— Le miroir de grand-mère, soufflai-je, n'osant y croire. 

Je le soulevai et aperçus un papier glisser au sol. Je posai l'objet sur le canapé et récupérai l'enveloppe.

Je la décachetai et y reconnus l'écriture et l'odeur de ma grand-mère.

Je pris une grande inspiration et m'assis à même le sol réalisant que ce serait sa dernière lettre. 

 

« Ma chère enfant, je t'ai envoyé ce miroir par l'intermédiaire d'un vieil ami qui a eu la gentillesse de réaliser ma dernière volonté. Tu as été pour moi mon rayon de soleil et la plus belle chose qui me soit arrivée. Les moments que j'ai passés auprès de toi furent les plus heureux de mon existence. Il m'a été donné une seconde chance de prendre soin d'un enfant, car avec ton père cela ne fut pas une grande réussite. Je ne me suis pas opposée à ton grand-père, je n'ai pas su protéger mon petit et je ne peux lui en vouloir d'avoir été distant avec moi par la suite. J’ai énormément reproché à tes parents de t'avoir arrachée à moi. Ils pensaient bien faire. Ne leur en veux pas. Je t'écris ces lignes qui seront les dernières. Je ne souhaite qu'une chose pour toi : que tu trouves le bonheur que tu mérites en prenant le risque d'aimer. Cesse de te couper du reste du monde et vis ta vie, mon petit ange. Tu as tellement à apporter aux autres. Je t'aime et t'aimerais pour l'éternité. »

Une larme coula sur le papier que je tenais avec des mains fébriles. Elle avait été la personne que j'aimais le plus au monde et pourtant je l'avais, elle aussi, tenue à distance. Maintes fois, j'aurais pu la rejoindre et la serrer dans mes bras. J’aurais pu emménager à ses côtés et prendre soin d'elle comme elle le méritait, mais je ne l'avais pas fait, refusant de me lier. J'imaginais que j'avais encore du temps. Comme j'avais tort…

— Quel gâchis ! sanglotai-je.

Je relevai la tête et le miroir me renvoya l'image d'une pauvre femme de presque vingt-cinq ans à la chevelure châtain masquant en partie le visage, avachie au sol et pleurant à chaudes larmes un amour perdu. 

2 — SURPRISE

 

 

Je m'éveillai après avoir passé une très mauvaise nuit emplie de cauchemars. Ce n'avait été qu'un entrelacs de souvenirs concernant la séparation avec ma grand-mère durant mon enfance, les nombreuses disputes de mes parents, mais aussi différents scénarios imaginés concernant son décès et son enterrement.

Je rejetai les couvertures loin de moi et posai mes mains croisées sur mes yeux en souhaitant me couper du monde. Je restai ainsi un long moment avant de finalement me décider à me lever. J’envisageai durant un instant de me plonger dans le travail malgré le fait que nous étions samedi. Cela me permettait de ne plus penser à rien. Pourtant, je décidai de me vider la tête en allant courir.

Une fois prête, je m'élançai sur les trottoirs en direction d'Hyde Park dont je fis le tour complet avant de revenir vers le quartier de Kensingston, au sud de Notting Hill ,  dans lequel je résidais. Je rentrai et pris une bonne douche puis avalai un bon petit déjeuner. Je n'étais pas devenue une adepte de la cuisine anglaise et me préparai encore des petits-déjeuners sucrés. Comme à l'accoutumée durant mes week-ends, je me vêtis d'une tenue simple et décontractée à la différence des tailleurs   stricts que je devais porter au  travail dans l'une des banques les plus réputées de la planète.

Je me rendis dans le salon et vis le miroir encore posé sur le sofa. Je soupirai et passai les doigts sur l'encadrement doré aux entrelacs compliqués. J'attrapai l'objet et l'emmenai dans la chambre. Je jetai un coup d’œil circulaire sur la pièce à la recherche d'un emplacement convenable. C’était une chambre au ton crème et pêche éclairée par deux fenêtres. Un grand lit en fer forgé blanc trônait au milieu de la pièce face auquel se trouvait une ancienne cheminée condamnée encastrée dans le mur. Je retirai le tableau que j'avais posé sur la poutre blanche et le remplaçai par le miroir après avoir fixé une attache au mur. C’était un objet précieux à mes yeux, d'autant plus qu'il avait appartenu à ma grand-mère. Je reculai et observai le miroir s'intégrant parfaitement au reste du mobilier.

J'ignore le nombre de fois où j'étais passée devant ce miroir étant plus jeune. Fille unique, je m'étais inventée une amie imaginairequi me parlaità travers lui. J'avais passé des heures à jouer face à cet objet placé dans le petit salon de la maison de mes grands-parents. Ma grand-mère en avait fait un endroit chaleureux pour moi, une salle de jeux, emplie de   jouets. Je m'y étais sentie si bien, protégée du monde extérieur. Cela était sans doute la raison qui avait fait que j'avais reproduit cela dans ma vie d'adulte en accordant une attention particulière à mon intérieur.

Comme tous les samedis, je changeai les draps de mon lit en soupirant sur le fait que j'y passais mes nuits, seule, depuis plus de sept mois. Cela remontait à ma séparation avec Charlie. Je chassai cette pensée de mon esprit et m'activai dans la maison en faisant le ménage. J'écoutai comme à mon habitude, des tubes des années 90 sur lesquels je me déhanchai tout en rangeant. Après plusieurs heures de ce rythme, je m'écroulai sur le lit défait, satisfaite de mon travail.

— Bonjour.

Je me redressai, affolée, et portai mon regard vers l'encadrement de la porte, m'attendant à voir un intrus chez moi. M’étant relevée précipitamment, je m'emmêlai les pieds dans l’épaisse couverture et m'étalai sur le parquet.

— Bordel de merde ! grognai-je sous le coup de la douleur.

Je me redressai, basculai en arrière, le dos contre le lit et reportai mon attention vers la porte, de nouveau en alerte. Pourtant, je n'y vis rien. Je me levai et entendis un éclat de rire sur ma droite. Je me retournai et aperçus un visage dans le miroir. Mais ce n'était pas mon reflet qu'il me renvoyait.

— Que...  ?

Je crus d'abord que c'était une hallucination. Pourtant, je l'entendis rire puis plaquer ses deux mains sur sa bouche. Son visage se recomposa alors qu'elle tentait visiblement de retrouver son sérieux. Je la regardais toujours éberluée par ce que je contemplais.

— Pardonnez-moi. Mais j'avoue que la scène que vous venez de m'offrir était pour le moins amusante, s'excusa-t-elle en français avec un fort accent étranger.

Je m'avançai, incertaine, et pris place devant la glace pour détailler l'image. Je penchai la tête à  droite et à gauche, mais la silhouette ne bougea pas, me fixant du regard.

— Je suis bien réelle, déclara-t-elle, un sourire indulgent sur les lèvres.

— Qu'est-ce que...? Enfin qui êtes-vous ? bredouillai-je.

— Appelez-moi simplement Ysalis, je vous prie, déclara-t-elle prouvant d'évidence que ma santé mentale continuait à se détériorer à toute vitesse.

C’était une jeune fille, plus jeune que moi de quelques années, autrement dit moins de vingt et quatre ans. La chevelure d'un châtain lumineux resserrée dans une coiffure élaborée, elle avait un teint de porcelaine et de magnifiques yeux marron.

— Dites, vous êtes une sorte de génie venu m'accorder trois vœux ? Ou encore mieux, lee gars du miroir de l'autre avec ses nains, comment s'appelle-t-elle déjà ? Ah oui. Blanche-Neige ! Vous savez « miroir, dites-moi qui est la plus belle ? », bredouillai-je, complètement perturbée par cette vision.

— Je ne vois pas de qui vous parlez. Si vous souhaitez mon avis sur votre beauté, il est certain que vous seriez plus jolie si vous portiez une tenue plus... élégante.

Je fronçai les sourcils et baissai les yeux sur ma tenue. Elle se résumait à un short coupé dans un ancien jean et un t-shirt sans élasticité qui découvrait une bonne partie de mon épaule gauche.

— Croyez bien que je suis ravie de pouvoir converser avec une autre femme. Cependant, je souhaiterais m'entretenir avec Dame Evana. Pourriez-vous l'appeler, s'il vous plaît ? demanda l'intruse.

— Heu ! Je suis Evana.

— Pardonnez-moi, mais la personne dont je parle possède un âge avancé, les cheveux grisonnants et....

— Ma grand-mère, soufflai-je. Vous discutiez avec ma grand-mère ? questionnai-je avec étonnement.

Apparemment, je partageais bien plus que mon prénom avec cette dernière puisque j'avais désormais moi aussi droit à des hallucinations. Je m'éloignai et me

mis à faire les cents pas en rond en tentant de réaliser ce qu'il m'arrivait.

— Le surmenage, c'est sûrement ça ! Je travaille trop, soupirai-je en m'arrêtant.

— Vous vous exprimez dans une langue étrange, intervint l’individu.

Je relevai la tête et la regardai.

— Comprenez-vous l'anglais ? demandai-je dans cette même langue.

Elle fronça les sourcils. Je répétai la question en français,.

— Non, répondit-elle.

— Étonnant. Normalement si vous étiez une hallucination de mon esprit passablement fatigué,  vous devriez comprendre ce que je dis puisque dans un sens vous êtes... moi, argumentai-je. Quoi que, allez savoir ? Après tout, je ne connais rien aux délires et autres troubles mentaux et... d'ailleurs, voilà que je parle toute seule...

— Veuillez m'excuser, mais cela fait plusieurs jours que je tente de joindre... votre parente sans résultat et le sujet dont je dois m'entretenir avec elle est grave et requiert sa présence. Pourriez-vous la quérir, je vous prie ? me coupa-t-elle.

L’idée me vint de la contacter par téléphone avant que la réalité de son décès ne me malmène à nouveau.

— Ce n'est pas possible. Ma grand-mère est... décédée, confiai-je.

— Oh. Veuillez me pardonner. Je suis sincèrement navrée d'apprendre cela, croyez-le bien. Elle était une amie précieuse pour moi, déclara le reflet, les yeux baissés et paraissant un peu plus pâle.

Je m'approchai du miroir et observai l'image avec attention. Je vis derrière elle une pièce contenant un lit à baldaquin et des murs de pierres apparentes.

— Pouvez-vous me montrer la pièce dans laquelle vous êtes comme avec une webcam ou un téléphone portable,  questionnai-je.

Je souhaitais vraiment savoir si mon esprit pouvait aussi imaginer tous les détails entourant cette femme.

— Veuillez m'excuser, mais je ne sais de quoi vous parlez.

— Une caméra cachée. Bordel de merde ! C'est une farce ou une caméra cachée.

Je me redressai et me mis à fouiller dans tous les coins pour trouver d'éventuelles caméras ou personnes se trouvant là. Je fis le tour de l'appartement, mais n'y découvris rien d'anormal. Je revins dans la chambre et fis claquer mes mains sur mes cuisses nues, en poussant un profond soupir. Cette situation était à ne plus rien comprendre.

L'apparition, toujours présente était assise au pied de son grand lit, les épaules basses et la tête penchée. Elle resta un instant ainsi sans bouger. Elle exprima une phrase que j'eus des difficultés à comprendre.

— Pardon ?

Elle releva le visage et passa une main sur ses joues pour en chasser des larmes avant de prendre une inspiration et de se redresser. Je constatai qu'elle portait une longue robe légèrement bouffante qui était à la mode deux siècles plus tôt.

— Pardonnez-moi. J'avoue que je ne sais plus quoi faire. Dame Evana, votre grand-mère était de précieux conseils et j'avais toute confiance en elle, ce que je ne peux pas dire concernant les personnes qui m'entourent.

Devant son air désemparé, j'eus pitié d'elle. Je m'assis sur mon lit.

— Dites-moi ce qui vous tracasse. Je peux peut-être vous aider ? m'enquis-je, oubliant momentanément le fait que tout cela ne pouvait être réel.

Elle m'observa un long moment avec un regard inquisiteur avant de prendre la parole.

— Voilà ! Une guerre se prépare et je ne sais quelle décision prendre. Certains de mes conseillers me proposent de conclure un mariage avec notre chef ennemi afin de réduire les tensions entre nos royaumes. Quant aux autres, ils veulent simplement déclencher un conflit ouvert et je ne....

— Ola, tout doux. Alors ça ! Je pensais que vous alliez me confier une histoire de mecs ou sur votre garde-robe qui a visiblement besoin d'être... actualisée. Certainement pas, de cela ! coupai-je précipitamment.

La jeune femme se recula et se laissa tomber sur le matelas.

— Que faire ? se lamenta-t-elle.

Je croisai les jambes devant moi et coinçai un coussin entre mes bras. Les distractions dans ma vie étaient rares et je dois dire que, malgré le fait de me découvrir atteinte de folie j'étais vivement intéressée et curieuse par ce que je vivais.

— OK ! Que vous dicte votre instinct  ? tentai-je.

— Pardon ?

— La première idée que ce... problème vous inspire.

— Je ne veux l'épouser. C'est de notoriété publique que mes ennemis souhaitent s'emparer de mon territoire. Consentir à une union avec leur dirigeant accélérera simplement cette conquête et leur simplifiera la tâche.

— Vous voyez ! Vous l'avez votre décision.

— Evana  ? Puis-je vous appeler Evana ?

— Euh oui, puisque c'est mon nom.

— Vous me conseillez de prendre les armes et d'entrer en guerre ?

— Une guerre  ! Le mot est fort, non ? Votre territoire ne doit pas être si grand que cela. J'en aurais entendu parler même si je ne regarde pas la télévision sinon, nuançai-je.

— Au dernier décompte, mon royaume comptait seize millions d'âmes. Concernant celui de mon ennemi, nous l'estimons à un peu plus du nôtre, m'informa-t-elle.

— Impossible ! soufflai-je, n'osant y croire.

— Je vous certifie que cela est possible.

Je me laissai basculer sur le matelas fixant le plafond

— Réalisez-vous à présent l'importance de ma décision  ? Vous m’écoutez  ?

Je me redressai et l'observai. Étrangement, tout en elle exprimait de vrais sentiments, une sorte de tristesse, de lassitude, mais surtout une bonne dose d’inquiétude.

" S’il y en a une qui devrait être inquiète, ça devrait être moi pourtant. "

— Attendez, vous vivez dans quel pays ? Dans quel royaume, je veux dire ?

— Asana.

— Connais pas et celui de votre adversaire ?

— Otame.

— Non plus. Attendez ! Est-ce une sorte de miroir qui me permet de voir dans le passé ou le futur ? supposai-je, tentant de trouver une explication à cette situation délirante.

— Vous êtes en quelle année ?

— Facile, quarante-septième année du huit cent deuxième règne.

— Hein ! Quoi ? Je n'y comprends rien. Quarante-sept ans ?

— Les quarante-sept ans correspondent au nombre d'années écoulées depuis que notre reine a été choisie pour nous diriger.

— Compris. Je suppose que les huit cents premiers étaient les précédents dirigeants.

— Exactement.

— Bien compliqué comme mode de calcul. Vous auriez pu faire comme tout le monde et partir de la naissance de Jésus Christ.

— Qui est cette personne ? s'enquit-elle.

— Vous plaisantez ! OK, là, je suis dans la quatrième dimension si vous ignorez même l'un des personnages les plus célèbres de l'histoire, soupirai-je.

— Si cela peut vous permettre de comprendre, dame Evana et moi avions longuement parlé de cela. Elle m'avait confié que je me trouvais dans un monde parallèle au vôtre.

— Et c'est maintenant que vous me le dites ! Quoique franchement, allez savoir de ce que je peux faire de cette information, grommelai-je.

Je me levai, ne parvenant pas à rester en place.

— Je résume : vous, Ysalis, vivez dans un royaume en conflit avec un autre, tout ça dans un univers parallèle et il m'est possible de m'entretenir avec vous à travers un simple miroir, énumérai-je.

— Exactement, trancha-t-elle.

— Je suis dans la merde…

  • Facebook Basic Black
  • Google+ Basic Black
  • Twitter Basic Black

© 2023 by Annie Lowe. Proudly created with Wix.com